Traversée vers l'île Saint-Honorat : une tarification revue à la baisse pour relancer l'attractivité
La desserte maritime vers l'île Saint-Honorat, joyau préservé de la baie de Cannes, connaît des changements significatifs cette saison. Les visiteurs bénéficient désormais d'un tarif réduit pour la traversée, tandis que la fréquence des navettes a été ajustée. Une stratégie déployée par l'abbaye de Lérins pour redresser une situation financière difficile et dynamiser l'affluence touristique.
Un nouveau tarif attractif et une fréquence adaptée
Concrètement, le prix du billet pour un adulte est fixé à 19,50 euros cette année, contre 22 euros en 2025. Une baisse notable qui s'accompagne d'une modification de la fréquence des traversées. La compagnie Planaria, qui assure la liaison, passe d'un départ toutes les demi-heures à un départ toutes les heures en période normale.
Cependant, pendant les mois de juillet et août, la desserte reste soutenue avec quatorze allers-retours quotidiens. Le matin, les départs ont lieu toutes les heures, tandis que l'après-midi, le rythme redevient toutes les demi-heures. Toutes les traversées continuent d'embarquer depuis le quai Laubeuf à Cannes.
Des choix drastiques pour équilibrer les finances
Cette nouvelle politique tarifaire s'inscrit dans un contexte de redressement financier pour les moines cisterciens de l'abbaye. Confrontés à des difficultés économiques persistantes, ils ont dû prendre des mesures radicales. Jean-Marie Gervais, le nouveau père abbé en poste depuis fin janvier, explique : « Nous avions trois bateaux. On en a vendu deux pour rééquilibrer nos finances ».
Les deux embarcations vendues sont un bateau de passagers, construit seulement un an auparavant et cédé en juillet dernier, et une barge de fret vendue en janvier. Ces ventes ont été nécessaires face à un déficit chronique de l'activité transport maritime. Le père abbé précise : « On a perdu 8 millions d'euros en dix ans. Il y a énormément de frais d'entretien, de taxes, de frais de port... ».
Un impact humain et une volonté de relance
Ces décisions ont eu des conséquences sur l'emploi. Deux employés de la compagnie maritime ont été licenciés pour motif économique. Dans le domaine viticole du monastère, également en difficulté, six autres salariés ont perdu leur emploi. Thierry Arnal, dont la compagnie Riviera Lines a racheté les deux bateaux, commente : « Cet accord soulage les moines. C'était onéreux pour eux ».
Malgré ces ajustements douloureux, l'objectif est clair : attirer davantage de visiteurs sur l'île Saint-Honorat. Le père abbé affirme : « On a arrêté l'hémorragie. Maintenant, on stabilise. Notre souhait est d'attirer plus de visiteurs ». D'où la mise en place de tarifs attractifs, maintenus stables toute l'année malgré la hausse des carburants.
Des premiers signes encourageants et des défis à relever
Les premiers indicateurs semblent positifs. Lors du week-end de Pâques, environ 1 000 touristes ont embarqué sur le Saint-Siffrein, le dernier navire restant de la flotte. En 2025, la desserte avait totalisé 83 000 passagers, mais le père abbé estime qu'il faudrait atteindre 120 000 visiteurs pour atteindre le point de rentabilité.
La relance passe aussi par les activités de restauration. La table de la Tonnelle a rouvert le 17 avril, et le snack de l'abbaye est déjà en service. Concernant l'absence de liaison directe entre l'île Saint-Honorat et l'île Sainte-Marguerite, la situation devrait perdurer. Thierry Arnal, qui dessert Sainte-Marguerite, explique : « L'île Saint-Honorat est privée, ils ont l'exclusivité de la desserte. Si demain il y avait une liaison, c'est l'abbaye qui en décidera ».
Il ajoute, concernant la baisse de tarif pour Saint-Honorat : « Cela ne nous concurrence pas. On a besoin que l'abbaye fonctionne et rentabilise. Je suis là pour les aider ». Une collaboration apaisée après quinze ans de conflits, selon ses dires.



