Le surf, moteur économique du littoral atlantique de Soulac à Hendaye
Avec une pratique qui connaît une croissance exponentielle, le surf constitue désormais le principal moteur de l'activité touristique sur le littoral atlantique, de Soulac à Hendaye. Un reportage en Gironde à Lacanau, station historique de la glisse, révèle l'ampleur de ce phénomène économique et culturel.
Lacanau, ville emblématique du surf
« Lacanau, ville de surf », annoncent sobrement les panneaux à l'entrée de la station balnéaire. « Le surf, c'est une culture, une ambiance, une expérience. C'est ce que recherchent les touristes qui viennent ici. C'est comme la Californie », explique Laurent Rondi, aujourd'hui vice-président de la Fédération française de surf et ancien président du Lacanau Surf Club pendant vingt-deux ans.
Aux premières loges, il a constaté l'explosion du surf ces dernières années. « Il y a vraiment eu un boom post-Covid. Les plages ont été les premiers espaces déconfinés en 2020, et beaucoup de gens ont découvert la discipline à cette occasion. Maintenant, une journée avec des vagues et du beau temps, on peut compter au moins 30 ou 40 surfeurs par spot, sachant qu'il y en a une dizaine dans la commune ».
Une pratique désormais annuelle
Si Lacanau a toujours été une destination de surf, la pratique hors saison restait traditionnellement réservée aux locaux. Aujourd'hui, l'engouement est tel que l'eau froide (13°C au doigt mouillé) et une météo capricieuse n'arrêtent plus les touristes. La pratique a littéralement explosé depuis quatre ou cinq ans.
En cette journée d'avril venteuse et fraîche, où les vagues sont plutôt brouillonnes, Vincent sort de l'eau, lèvres blanchies par le froid et planche sous le bras, encore essoufflé. Le quadragénaire, originaire de Tours, a découvert le surf lors de vacances à Bali. « C'est la deuxième fois que je viens à Lacanau pendant les vacances de Pâques. C'est sympa à la mi-saison, j'en profite pour prendre des leçons tant qu'il n'y a pas encore la foule dans l'eau ».
Impact économique direct
Ces nouveaux pratiquants comme Vincent étirent considérablement la saison touristique du surf et portent l'activité économique de la station. « Il y a vingt-cinq ans, pour le grand public, le surf restait une activité estivale », rappelle Cédric Grèze, patron du « surf camp »/école de surf HCL, installé à deux pas de la plage centrale. « Hors saison, on ne voyait pas grand monde, mais maintenant tous veulent pratiquer à l'année. Il faut dire que c'est très addictif ».
Depuis qu'il a monté son affaire en 2000, son activité n'a fait qu'augmenter. L'école compte aujourd'hui cinq à six profs de surf selon la saison, et la partie hébergement fait le plein de mi-mars à fin novembre. « Dans les trois ans qui ont suivi le Covid, le chiffre d'affaires a vraiment connu une forte croissance, de 25%, depuis ça s'est stabilisé mais on reste sur une pente ascendante ».
24 écoles et une économie florissante
La ville compte aujourd'hui 24 écoles de surf, créant parfois une certaine animation dans les « mousses » où s'entraînent les débutants. Mais l'océan, ça creuse. En sortant de l'eau, affamés, les apprentis surfeurs remplissent systématiquement les terrasses des bars et restaurants du front de mer.
Avec des tickets moyens à 20-25 euros pour une vue sur mer, le Waïkiki Beach et la Payotte font partie des rendez-vous préférés des touristes et restent désormais ouverts d'avril à novembre. « Il est évident que les surfeurs font vivre le commerce local », souligne Cédric Grèze. « On le voit, quand les vagues sont moins bonnes ici pendant un jour ou deux, les restaurants du front de mer travaillent moins. Il y a une incidence immédiate sur la fréquentation, on le sent tout de suite ».
Boutiques et surf shops en plein essor
Les boutiques et « surf shops » profitent également de cet attrait grandissant pour la culture surf. À peine un mois après son ouverture, le grand magasin Rip Curl du centre-ville a déjà atteint ses premiers objectifs. Benjamin de Labarrière, le responsable auquel l'enseigne australienne a confié les clés de son nouveau porte-étendard, affiche un grand sourire.
L'enseigne s'adresse aussi bien aux surfeurs qui recherchent du matériel technique qu'aux amateurs de mode décontractée. Chez les Briand, Valérie, Thierry et leurs deux ados Marius et Gaspard, on ne compte qu'un surfeur, Gaspard, venu de Saint-Malo avec sa propre planche pour cette semaine de congé. Cela n'empêche pas la famille de repartir avec trois t-shirts, « petit plaisir des vacances ».
Béatrice, une Canaulaise de longue date, furète dans le magasin en « curieuse ». « Ici, c'était un bar ou un casino avant, je ne sais même pas, je l'ai toujours connu fermé. Je viens voir ce qu'ils en ont fait, c'est beau ».
Pour les habitants de la station, voir revivre cette « ruine », stigmate de temps moins fortunés, matérialise concrètement l'attractivité retrouvée grâce au formidable essor du surf. La ville anticipe d'ailleurs déjà un très bel été pour le tourisme local, en raison du contexte international incertain qui favorise les destinations nationales.



