Longtemps contestée pour son style avant-gardiste, la station balnéaire de La Grande-Motte attire aujourd'hui un public curieux de découvrir l'œuvre de Jean Balladur grâce aux visites architecturales à pied, à vélo ou en bateau. Critiquée pour son architecture atypique pendant et après sa construction, la station balnéaire héraultaise est aujourd'hui un symbole d'urbanisme moderne qui fait la fierté des Grand-Mottois et attire les vacanciers.
Un changement de regard amorcé en 2000
Pour comprendre les raisons de ce changement de regard sur la ville, il faut remonter en l'an 2000. Sous contrat avec la municipalité, Jean-Paul Salasse et John Walsh, membres de l'association Les Écologistes de l'Euzière et admiratifs de la vision de Jean Balladur, mènent d'abord un projet pédagogique sur l'urbanisme, sous forme de balades à pied, avec une classe de CM1-CM2 grand-mottoise. Cette expérience leur donne envie d'expliquer l'urbanisme et l'architecture de la ville aux résidents et aux touristes.
À cette époque, La Grande-Motte avait « mauvaise réputation », se souvient Jean-Paul Salasse. « Dans les années 1990-2000, la ville était un peu ringarde. On ne connaissait pas toutes ces histoires sur cette architecture », raconte Thierry Bouvarel, actuel adjoint au maire chargé de la vie économique et touristique.
La rencontre avec Jean Balladur
Avant de lancer les visites guidées touristiques à pied, Jean-Paul Salasse rencontre Jean Balladur, deux ans avant son décès : « Il était ravi qu'on fasse visiter sa ville. Il savait qu'il y avait des débats autour d'elle. Il m'a raconté des histoires qu'on ne trouve pas dans les livres. Je me suis nourri de son savoir pour expliquer à des milliers de gens son œuvre. Je me suis beaucoup régalé. » Ces balades, « en moyenne par groupe de 20 à 25 personnes », ont duré « quatre heures », jusqu'en 2005, avant que l'office de tourisme ne baisse la durée.
Devenir une « Marque »
En janvier 2010, la commune a reçu le label « Patrimoine du XXe siècle », attribué par le ministère de la Culture et de la Communication, pour son architecture exceptionnelle et son aménagement paysager. « Mais elle ne remplit pas encore les critères pour être une véritable 'Marque' », peut-on lire dans le schéma de développement touristique publié en novembre 2010, accessible sur le site internet de La Grande-Motte.
La ville, déjà dirigée par le maire Stéphan Rossignol (LR) cette année-là, cherche à passer d'une destination connue à une destination voulue, et parvient à valoriser ses atouts uniques, dont son patrimoine architectural. Jusqu'à l'obtention du label, La Grande-Motte « attirait pour la plage » seulement, mais aujourd'hui, c'est aussi « pour l'urbanisme », déclare Thierry Bouvarel.
Des visites variées et populaires
Outre les visites architecturales à pied, l'office de tourisme développe les balades à vélo et en bateau. Ces activités se mélangent aujourd'hui parmi plus de soixante loisirs différents. Sur l'année 2024, 2 500 personnes au total ont participé aux trois balades et au Light Painting, une activité nocturne mêlant jeu de lumières et architecture, mise en place depuis 2020, contre 833 en 2022, selon les chiffres de l'office de tourisme. Dans un rapport d'activité du 1er janvier au 31 octobre 2024, les visites architecturales à pied et en bateau étaient dans le Top 5 des ventes à la billetterie.
Prévue le mercredi, la sortie à vélo connaît une forte demande depuis quelques saisons, au point que l'office de tourisme a dû débloquer un créneau le vendredi. « Il y a six ou sept ans, il n'y avait pas autant de demandes, le vélo était moins démocratisé, souligne Isabelle Zanzi, chargée de communication et de valorisation du patrimoine à l'Office de tourisme de La Grande-Motte depuis 2018. Après le Covid-19, on a connu une explosion du vélo. »
Devant l'entrée de l'office de tourisme, mercredi 30 juillet, la visite guidée à vélo est inscrite sur une première ardoise, et la suivante, prévue dans deux jours, est indiquée sur la deuxième. La première balade affiche complet, une quinzaine de personnes ont enfourché leur deux-roues pour découvrir le patrimoine de la station balnéaire. Pendant deux heures, les vacanciers pédalent derrière leur guide conférencier, marquant plusieurs haltes d'ouest en est de la ville pour un petit cours d'histoire.
À vélo, à pied ou en bateau, « l'architecture prend tout son sens après ces visites », assure Jérôme Arnaud, directeur de la station balnéaire de La Grande-Motte.
« Décoder cette histoire à la Da Vinci Code »
« Avec ce label, on a redonné les lettres de noblesse à la ville, se réjouit Isabelle Zanzi. Les vacanciers sont de plus en plus intrigués par cette symbolique autour de l'architecture. Ils essayent de décoder cette histoire à la Da Vinci Code. » Pour Thierry Bouvarel, cette distinction a permis de reconnaître cette commune comme un « patrimoine » plutôt qu'une « ville nouvelle et artificielle créée pour le tourisme ».
Entre février et juin 2025, 500 personnes ont pris part aux visites architecturales, comprenant aussi les visites « nature » mises en place depuis peu (découverte de la Presqu'île du Ponant et des dunes du Grand Travers), selon l'office de tourisme. Avec la saison d'été, ce chiffre pourrait atteindre voire dépasser le nombre de ventes par rapport à l'an dernier.
L'idée des résidences pyramidales
En 1963, le pari était audacieux et unique. Désigné par Pierre Racine, alors conseiller d'État chargé du développement touristique sur le littoral méditerranéen, l'architecte français Jean Balladur avait carte blanche pour construire une station balnéaire de A à Z sur un terrain vierge. Inspiré des formes pyramidales et géométriques des civilisations anciennes précolombiennes, il transpose ce langage architectural ancien à La Grande-Motte.
À cette époque, cette vision avant-gardiste en dérange plus d'un, mais ce philosophe dans l'âme parvient à convaincre la soixantaine de collaborateurs architectes qui l'accompagnent dans ce projet pharaonique. Si les premiers vacanciers posent leurs bagages dans les premières Pyramides du quai Georges-Pompidou en 1968, c'est en 1983 que se termine officiellement le chantier. En vingt ans, l'essentiel de la ville est sorti du sable : les résidences, l'organisation des quartiers, les espaces verts, les équipements publics et le port de plaisance.
Le dessein de Pierre Racine est une réussite : les touristes français et étrangers s'arrêtent à La Grande-Motte, et le nombre de résidants à l'année progresse. Avec près de 4 000 habitants en 1983, la commune en recense environ 6 500 en 1999, pour aujourd'hui s'élever à 8 500, selon l'Insee. En été, la commune peut accueillir jusqu'à douze fois sa population, pour dépasser les 100 000 personnes.
Les visites architecturales de La Grande-Motte
À La Grande-Motte, les visites architecturales ont lieu une à deux fois par semaine, en fonction de la demande. Elles se font à pied (2 h, 8 €, 30 personnes max), à vélo (2 h, 8 €, 15 personnes max) ou en bateau (45 minutes, 15 € par adulte, 11 € par enfant de 3 à 12 ans, 100 personnes max). La balade sur le Catamaran Lucile 3 est prévue le lundi, le mercredi pour le vélo et le jeudi pour la visite à pied. Anaïs Arke, référente des visites guidées, fait partie des deux guides permanents à l'année. Sur la saison haute, elle peut compter sur cinq guides externes et Alexandra, une étudiante en licence professionnelle guide conférencier. Le Light Painting est dispensé deux fois dans l'année pendant les vacances de la Toussaint et en mars, avec la photographe Caroline Geolle.



