60 ans de la Churascaia : qui va encore en boîte de nuit et pourquoi ?
60 ans de la Churascaia : qui va encore en boîte de nuit ?

La Churascaïa, mythique discothèque de Camargue, fête ses 60 ans ce dimanche. C’est la plus ancienne de France et la troisième du monde. À cette occasion, Midi Libre a échangé avec ceux et celles qui aiment les boîtes de nuit ou les ont abondamment fréquentées, comme la Nitro, le Pincho Pingo, la Notte, le Joy à Nîmes ou le 218 à Béziers. Paroles de clubbeurs à l’heure où les discothèques sont de moins en moins nombreuses et doivent faire face à de nouveaux défis.

Un lieu de communion en déclin

« La boîte de nuit, c’est un lieu et un moment de communion, où après avoir passé une journée de travail difficile, on venait s’éclater. Moi, j’y allais pour la danse, la drague et me lâcher avec un peu d’alcool », résume Thomas, 36 ans. En quelques années, beaucoup d’entre elles en région ont fermé. La Nitro, le Pincho Pingo, la Notte, la Villa rouge à Montpellier, le Joy à Nîmes ou le 218 à Béziers, qui ont fait danser jusqu’au petit jour jeunes et moins jeunes, n’existent plus. Elles ont éteint leurs enseignes et fait taire leur sono.

La loi Évin est d’abord passée par là, interdisant de fumer dans les discothèques et rappelant les dangers de l’abus d’alcool. S’en sont suivies une législation plus lourde et une répression plus sévère pour les conducteurs. Dans les campagnes, les clubbeurs en ont eu marre de devoir souffler dans des ballons aux contrôles de gendarmerie, sur des routes du reste parfois jalonnées de petites croix ornées de fleurs en plastique, témoignages tragiques de retours de boîtes de nuit.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

« On ne peut plus boire. Dès trois verres, on est bon pour se faire sucrer le permis de conduire. C’était quand même ça aussi qui faisait partie de la sortie en boîte », avoue sans détour Mickaël, 45 ans, qui préfère désormais « les soirées chez les potes ».

Les mas, nouvelle alternative aux boîtes de nuit

La société a changé. Même la façon de draguer n’est plus la même, elle se fait moins sous les lumières tamisées que sur les écrans. « Il y a Tinder maintenant. C’est plus rapide et il y a plus d’opportunités », balance un brin cynique Thierry, un quinquagénaire nîmois. Et puis, le Covid-19 a donné l’estocade : 20 mois de fermeture d’affilée ont achevé plus d’un établissement de nuit.

Aujourd’hui, les discothèques qui tiennent le coup sont plutôt en centre-ville. À Montpellier avec le Panama, le Cargo… À Nîmes avec la Comédie ou Les Enfants Denîm. « On a dû s’adapter aux changements de comportements des clients », explique Philippe, ancien gérant d’une discothèque. « On est aussi plus sur des établissements restos-club », ajoute Thomas, gérant d’une discothèque.

Dans notre région, les mas sont une nouvelle alternative aux boîtes de nuit. Cartonnent aussi les bars clubs, les bars dansants… Des entre-deux qui fonctionnent très bien comme Muchacha au Marché du Lez à Montpellier. Et si c’est avec un rooftop, à la Dune à La Grande-Motte ou chez Muchacha, c’est encore mieux. « J’adore ces endroits parce qu’on s’y sent en sécurité et qu’on y fait des rencontres », explique Jade, 19 ans. Son amie Oliana avoue qu’elle aime aussi ce genre d’endroit parce qu’elle peut fumer.

Ceux qui n’aiment pas les boîtes

Et puis, il y a ceux qui n’ont jamais aimé les boîtes de nuit et qui se réjouissent qu’il y en ait de moins en moins : « Ce sont des endroits où on ne peut pas parler, je n’ai jamais aimé y aller. En ville, ça génère du bruit et des embrouilles », assure Sandrine, 54 ans, dont Arthur, le fils de 18 ans, « n’aime pas non plus ce genre d’endroit. Je trouve ça ringard. Je préfère faire des soirées dans des bars ou chez les amis ».

Comment durer dans le milieu de la nuit ? Le Rockstore répond

Le nombre de boîtes de nuit en région a fondu comme partout en France. Le modèle fonctionne encore sur la saisonnalité (des établissements ouverts uniquement l’été sur le littoral) mais plus difficilement à l’année. Le Rockstore à Montpellier, salle de concert et discothèque, fête en 2026 son 40e anniversaire, un record de longévité et une exception.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« Les jeunes sortent moins mais mieux, ils sélectionnent leur sortie. La soirée généraliste en discothèque, c’est un peu passé. Avant, chaque endroit avait son son, mais il y a désormais un accès à la musique beaucoup plus important que pour les générations plus anciennes. Aujourd’hui, tout le monde est un peu DJ chez lui », analyse Antoine Winling, un des gérants du Rockstore. Sans oublier le côté rencontres désormais concurrencé par les applications. « Le portefeuille est aussi moins garni, tout coûte plus cher, ce qui rejoint le fait de sortir moins souvent », avance encore le programmateur. « Le rythme de fête est différent, la nuit jusqu’à 6 heures du matin, on a désormais du mal à garder les gens. »

D’autant qu’une génération entend désormais ne pas sacrifier son lendemain : « les gens sortent plus tôt et rentrent moins tard, c’est du 22 h - 3 h. » Le Rockstore en mode boîte de nuit a réduit la voilure entre son étage et sa grande salle du bas, mais reste ouvert du mercredi au samedi. Avec des soirées aux styles musicaux marqués (hip-hop, afro, techno…) ou des formules comme la club sandwich sur un créneau 10 h - 23 h. Avec l’envie, toujours, de « mettre un nouveau souffle » pour que l’aventure perdure.