ETYC, la start-up monégasque qui décarbone le yachting de l'intérieur
Ancienne « chef stewardess » reconvertie en entrepreneuse, Claire Ferandier-Sicard a fondé ETYC en 2019 depuis Monaco. Sept ans plus tard, sa plateforme numérique de gestion environnementale pour yachts commence à convaincre le secteur et vise désormais au-delà des pontons.
Le déclic d'une tasse à café
C'est une tasse à café qui a tout déclenché... ou plutôt son absence. Lorsqu'elle travaillait à bord d'un superyacht amarré au port Hercule, Claire Ferandier-Sicard a ouvert un jour les tiroirs de la cuisine : que du plastique. Des rangées entières de gobelets jetables. « Le capitaine buvait trois à quatre cafés par jour dans des gobelets en plastique. Cela faisait cinq ans qu'il était sur ce bateau et il n'avait jamais pensé à se trouver une tasse », raconte-t-elle avec le sourire.
Ce détail, en apparence anodin, a agi comme un déclic pour la native de Guadeloupe, arrivée dans la marine de plaisance presque par hasard après des études de psychologie à Lille puis à Bordeaux. Pendant huit ans à bord, dont sept sur le même navire basé à Monaco, elle a observé un décalage croissant entre les exigences environnementales qui s'imposaient à terre et les pratiques pratiquement inchangées des équipages.
Du Monaco Startup Weekend à MonacoTech
Claire Ferandier-Sicard a alors cherché une formation pour aider les équipages à réduire leur impact. En vain. Elle a donc décidé de la créer. En 2019, elle a participé au Monaco Startup Weekend avec cette idée en tête. Après un pitch d'une minute, son projet a été retenu parmi les dix sélectionnés sur trente présentés.
Pendant trois ans, elle a mené deux activités en parallèle : son travail sur le bateau et ses sessions de formation durant les jours de congé. Fin 2022, ETYC avait ainsi formé plus de cent membres d'équipage à des pratiques concrètes. Mais le format de la formation montrait ses limites. Les plans d'action remis aux équipages n'étaient pas suivis dans la durée.
L'idée d'une plateforme numérique a germé fin 2022. Quelques mois plus tard, en janvier 2023, ETYC intégrait MonacoTech, l'incubateur de start-ups de la Principauté. En décembre de la même année, Matthieu Falce, développeur monégasque rencontré lors du Startup Weekend, est officiellement devenu son associé.
Une plateforme sans équivalent
Après une campagne de financement entre 2024 et 2025, la version 2.0 de la plateforme a été mise en ligne en janvier 2026. Son principe : structurer et centraliser la gestion environnementale de chaque entité : yacht, hôtel et société de management.
Concrètement, chaque département d'un navire dispose de ses propres indicateurs et plans d'action hiérarchisés par niveau d'impact. Les actions les plus urgentes remontent automatiquement en tête de liste. Chaque action validée doit être documentée par une preuve, que l'équipe ETYC vérifie.
Claire Ferandier-Sicard insiste sur un point qui distingue sa plateforme de la concurrence : contrairement à la plupart des outils du marché, ETYC ne se limite pas à l'empreinte carbone. « Nous faisons de l'impact carbone, mais aussi tout ce que ISO 14 001 exige vraiment : l'eau, les déchets solides et liquides, les eaux grises, les produits. »
Cap sur les hôtels et les bateaux de croisière
La Principauté constitue un terrain d'expérimentation naturel. De nombreuses entités monégasques sont déjà certifiées ISO 14 001. Les sociétés qui souhaitent accéder à la plateforme peuvent bénéficier de subventions via le Fonds Vert National.
Le tarif pour utiliser la plateforme est fixé à 2 000 euros la première année, puis 1 000 euros annuels, avec une grille dégressive à partir de dix bateaux. Le Yacht-club de Monaco accompagne la start-up depuis ses débuts.
Le marché évolue par ailleurs en faveur de ce type de solution. Les assureurs regardent désormais le profil environnemental des navires : un bateau moins polluant bénéficie de primes réduites. « Même si les réglementations ne sont pas encore très contraignantes, les acteurs individuels, ports, assureurs, banques, prennent les devants », explique la fondatrice.
Quinze bateaux et deux sociétés de management ont déjà rejoint la plateforme. La prochaine étape est identifiée : décliner la plateforme pour le secteur hôtelier, dont les enjeux sont plus complexes, avant de viser les bateaux de croisière notamment en Asie.
L'ambition est internationale, mais l'ancrage restera monégasque. « L'histoire d'ETYC est née ici. Matthieu est monégasque. Nous tenons à laisser le cœur de la société à Monaco, quoi qu'il arrive », conclut Claire Ferandier-Sicard.



