Un débat à fleurets mouchetés sur les retraites entre deux anciens Premiers ministres
Le think tank Les Gracques a organisé samedi un débat de haute volée entre François Hollande et Édouard Philippe, centré sur la question épineuse des retraites. L'échange, courtois mais ferme, a révélé des approches fondamentalement différentes entre les deux hommes politiques.
Philippe défend l'allongement progressif de la durée de travail
Interrogé sur son soutien à un recul de l'âge légal de départ à la retraite à 65, 66 ou 67 ans, Édouard Philippe a d'abord évité de donner un chiffre précis, estimant que cette question « crispe tout le monde ». Cependant, le président d'Horizons a réaffirmé sa conviction profonde : « Nous n'aurons pas beaucoup de façon d'y répondre autrement que ce qu'ont fait nos voisins. Nous allons donc, si nous voulons éviter la corde autour de notre cou qui serre et qui serre, accepter l'idée de travailler plus. »
Il a reconnu la délicatesse du sujet, notant « un refus français » sur cette question, mais a plaidé pour une approche progressive : « Il vaut mieux y aller progressivement que par des mesures extrêmement brutales. » Philippe a également souligné la nécessité de prendre en compte les « spécificités sociales », suggérant que les demandes ne pouvaient être identiques pour les cadres et les non-cadres.
Hollande met en garde contre la souffrance au travail
François Hollande a adopté une position plus nuancée. Tout en se déclarant favorable à ce que « plus de personnes rentrent précocement dans l'activité » et à l'aménagement des temps de travail en fin de carrière, l'ancien président a émis des réserves sur le simple allongement de la durée de travail : « C'est bien beau de dire on va travailler plus. Faut-il encore pouvoir être accueilli dans une entreprise qui nous permet de travailler plus. »
Il a surtout insisté sur la nécessité d'une « politique du travail » globale, évoquant explicitement la « souffrance au travail » : « Une politique du travail dans tous ses aspects doit être mise en œuvre si on veut qu'on puisse avoir plus d'heures travaillées dans notre pays. »
Un clivage révélateur sur la démocratie sociale
L'échange s'est intensifié lorsque Philippe a rétorqué à Hollande, qui vantait le rôle des partenaires sociaux, que dans les pays voisins « la démocratie sociale dit que pour rester prospère, il faut travailler plus longtemps ». Le président d'Horizons a même affirmé : « Moi, de ce point de vue là, je me trouve plus social-démocrate allemand que vous. »
À quoi Hollande a répliqué, non sans ironie : « Les socialistes sont toujours mieux à l'étranger. »
En marge du débat, l'ancien locataire de l'Élysée a résumé ce qu'il considère comme le « beau clivage » de fond : « Est-ce qu'on fait travailler plus de citoyens ou on fait travailler ceux qui travaillent davantage ? » Une question qui résume parfaitement l'opposition entre une approche quantitative et une approche qualitative du travail en France.



