Lait infantile contaminé : une plainte déposée contre l'État et les fabricants
Vingt-quatre familles ont saisi ce mardi 10 février le tribunal judiciaire de Paris, intentant une action en justice contre l'État et les industriels du secteur du lait infantile. Cette démarche fait suite à la contamination de poudres pour nourrissons, un scandale sanitaire qui a malheureusement entraîné le décès de deux bébés. Les familles, regroupées au sein du collectif Intox'Alim, invoquent des qualifications pénales graves, notamment la mise en danger délibérée, le maintien de denrées dangereuses, les blessures involontaires et l'entrave à la manifestation de la vérité.
Un conflit d'intérêts dans les procédures d'analyse
Au cœur de cette affaire, un point crucial soulève de vives inquiétudes : les familles exigent que les poudres de lait consommées par leurs enfants soient analysées par un laboratoire indépendant, et non par les industriels eux-mêmes. Maître Nathalie Goutaland, avocate représentant les vingt-quatre familles, dénonce fermement cette situation. "Cette procédure pose de sérieux problèmes", affirme-t-elle, en précisant que demander aux parents de renvoyer les produits à Nestlé place l'industriel au centre d'une enquête sanitaire qui le concerne directement.
L'avocate met en exergue que ni le droit européen ni la réglementation française ne prévoient que les fabricants réalisent eux-mêmes les analyses. Elle insiste sur le fait que cette "démarche est encouragée par les autorités", créant ainsi un conflit d'intérêts manifeste. Bien qu'une instruction technique du ministère de l'Agriculture désigne les Directions départementales de la protection des populations (DDPP) comme responsables des investigations en cas d'intoxications alimentaires collectives, le ministère indique que la DDPP n'intervient pour prélever des échantillons que lorsque des symptômes graves nécessitent une hospitalisation.
Une crise sanitaire qui persiste
La contamination des laits infantiles par la toxine céréulide, produite par le bacillus cereus, a été détectée il y a plus de deux mois, suite au premier rappel des produits Guigoz. Malgré cela, la crise ne s'est pas vraiment dégonflée, avec des alertes élargies par Danone en France et en Europe, et des rappels supplémentaires attendus. Les familles touchées expriment une profonde incompréhension face à la gestion de cette affaire, bien qu'elles évitent un mouvement de panique généralisé.
Les accusations portent également sur des retards dans les rappels de produits, Nestlé étant notamment pointé du doigt pour avoir tardé à agir, alors que la toxine avait été détectée bien avant l'alerte officielle. Cette plainte vise à garantir une transparence et une indépendance dans les analyses, essentielles pour prévenir de futurs incidents et rétablir la confiance des consommateurs.