SPB reprend le site papetier du Lardin-Saint-Lazare, sept ans après Bessé-sur-Braye
Le groupe SPB a été choisi pour reprendre le site du Lardin-Saint-Lazare, en Dordogne, sept ans après avoir acquis la friche Arjowiggins de Bessé-sur-Braye, dans la Sarthe. Cet ancien fleuron papetier a construit l'identité de ces deux villages, créant des similitudes déroutantes entre ces communes non jumelées.
Deux villages, une même histoire industrielle
Le Lardin-Saint-Lazare et Bessé-sur-Braye comptent chacun un peu moins de 2 000 habitants. Leur histoire contemporaine est intimement liée à l'industrie papetière, avec le traumatisme d'un plan social qui a marqué les populations locales. Sept années séparent l'arrêt des machines d'Arjowiggins à Bessé-sur-Braye en 2019, de celles de Condat au Lardin-Saint-Lazare, prévu pour 2026.
Les élus se sont mobilisés en 2019 pour sauver les emplois, mais en vain. "Pendant longtemps, on a voulu savoir à tout prix ce qui se passait en Dordogne. Les papeteries de Condat, c'étaient nos concurrents", confie Patrice Morel, Sarthois pur jus et ancien employé d'Arjowiggins.
La mémoire ouvrière toujours vive
Patrice Morel, qui passe chaque jour boire son café au bar des sports, se remémore les grandes années "d'Arjo". "Mon arrière-grand-mère et ma mère étaient les concierges de la papeterie. Je suis presque né dedans. C'est donc naturellement que j'y ai fait ma carrière", raconte le retraité. Son plan a été contrarié à trois ans de la retraite, lorsque son employeur a pris la décision brutale de fermer l'usine où l'on fabriquait le papier des cartes Pokémon.
À chaque fois, le même repreneur a été choisi : il s'agit de la société de participation de la Braye (SPB), pilotée par la famille Huot. Dans la Sarthe, c'est la filiale Paper Mill Industries qui a été à la manœuvre. "À Bessé, certains les appellent 'les ferrailleurs'", souligne Jean-Yves Benois, ancien cariste chez Arjowiggins et correspondant local du journal Le Maine Libre depuis trente-cinq ans.
La transformation des sites industriels
La vieille cheminée, "la cathédrale de Bessé", a été abattue. "On la voyait de loin", assure Pascal, 30 ans chez Arjo. Ce Sarthois s'abstient de descendre au village "afin d'éviter de ressasser". Il en veut toujours à SPB, à qui il reproche d'avoir acheté l'usine "pour quelques guignes".
"Les machines ont été vendues, elles sont parties en Turquie ou en Asie", reprend son ancien collègue Patrice. Un troisième intervenant ajoute : "On a parlé d'un rachat pour 75 000 euros… 30 hectares à ce prix-là, ça ne fait pas cher le m² !"
L'engagement des élus locaux
Hugues Raluy, le nouveau maire de Bessé-sur-Braye, résume : "Toute cette époque ? Un très mauvais souvenir…" Son prédécesseur Jacques Lacoche avait pris de plein fouet la fermeture brutale de l'usine au tout début de l'année 2019.
Politiquement à droite, l'ancien élu a mouillé la chemise et l'écharpe tricolore pour limiter les conséquences sociales pour le territoire. Il est même allé jusqu'à paralyser la gare TGV de Vendôme, "de quoi bloquer toute la circulation ferroviaire entre Paris et la façade Atlantique". Geste désespéré, effet dérisoire et le début d'une nouvelle histoire, sans papeterie.
La reconversion en cours
Jacques Lacoche n'a pas hésité à écrire une lettre de recommandation au bénéfice de SPB, le repreneur de la friche. Ce courrier a d'ailleurs été lu par la maire du Lardin, Francine Bourra, en Conseil communautaire. Il sait que plus jamais, Bessé-sur-Braye n'atteindra le niveau d'emploi de l'ère Arjowiggins, mais il pense aussi que le pire a été évité.
"Notre bourg n'est pas mort", insiste Denis, voisin immédiat de l'ex-papeterie et des nouveaux bâtiments flambant neufs de l'usine de production de gants en nitrile ManiKHeir. Il liste : "Nous avons trois cafés, deux boulangers, un boucher-charcutier, une grande surface". Il convient d'y ajouter un centre aquatique en cours de rénovation et une magnifique bâtisse du XVe siècle, le château de Courtanvaux.
Le projet pour le Lardin-Saint-Lazare
Par un jugement du 27 février, le tribunal de commerce spécialisé de Bordeaux a choisi le repreneur des papeteries de Condat : il s'agit de Condat Solutions, une filiale du groupe SPB. La société a officiellement pris possession du site mercredi 1er avril : elle porte un projet de Biopark, et prend souvent pour exemple ce qui a été réalisé sur la friche Arjowiggins de Bessé-sur-Braye.
Près de 180 salariés sur 200 seront licenciés dans les prochaines semaines, l'idée étant à terme, de revenir à un niveau d'emplois similaire. L'époque où le papier valait plus que la pierre semble révolue, mais la mémoire industrielle persiste dans ces deux villages qui cherchent leur nouvelle identité.



