Dix-sept mois après l'accident industriel survenu à l'usine Saipol de Sète, les premières informations officielles sur ses causes commencent à filtrer. Le 10 avril 2024, une violente explosion avait retenti sur le port de Sète, embrasant l'atelier d'estérification dédié à la fabrication de biocarburant. Un ouvrier avait été grièvement brûlé. Les flammes, hautes de plus de dix mètres, et les épaisses fumées noires poussées par la tramontane vers la mer avaient suscité une vive inquiétude, d'autant que certaines cuves contenaient de l'eau glycérineuse, de l'éther ou du méthanol. Près d'une centaine de pompiers, venus de Sète et de Frontignan, étaient parvenus à maîtriser le sinistre en deux heures, malgré un risque élevé d'explosion, grâce à un robot porte-lance et à un bateau-pompe utilisant l'eau de mer.
Des enquêtes toujours en cours
Les investigations, multiples, n'ont pas encore livré toutes leurs conclusions. Une enquête judiciaire, appuyée par un laboratoire spécialisé de Marseille, est en cours, de même qu'une inspection du travail et une enquête menée par le Bureau d'enquête et d'investigations des services de l'État. Le parquet, sollicité, indique que les investigations se poursuivent. La victime, l'ouvrier brûlé, n'aurait pas déposé de plainte. C'est finalement la commission de suivi de site (CSS) de Saipol, mise en place par la préfecture le 24 mars 2025 et réunie pour la première fois le 20 juin 2025, qui a apporté quelques éclaircissements.
Deux hypothèses et un manque d'eau crucial
Le compte-rendu de cette réunion, publié sur le site de la préfecture, précise que l'enquête du bureau d'enquête et d'investigations des services de l'État soulève deux hypothèses, sans en révéler la teneur. Il rappelle que l'incendie a débuté alors que l'atelier d'estérification était en maintenance. Un point alarmant est soulevé par le représentant du Service départemental d'incendie et de secours (Sdis) : le site ne disposait pas d'eau au moment de l'intervention. Les pompiers ont découvert à leur arrivée que les robinets étaient à sec en raison des opérations de maintenance, sans que cette information ne leur ait été communiquée au préalable, ni même aux agents de Saipol présents. Cette situation a rendu l'intervention particulièrement périlleuse.
Mesures de sécurité renforcées
Dès le lendemain de l'accident, un arrêté préfectoral d'urgence a imposé une analyse détaillée des causes, un réexamen de l'étude de dangers ciblé sur l'atelier détruit et une vérification des dispositifs de sécurité. Des discussions avec l'exploitant sont toujours en cours. En 2024, un exercice du plan d'opération interne (POI) a été mené, des formations lancées, le matériel incendie renforcé et une équipe de pompiers industriels mise en place sur le site. Le nouvel atelier d'estérification a fait l'objet d'une analyse de risques HAZOP. La Dreal a également procédé à des inspections, dont un exercice inopiné du POI en août 2024.
Pas de risque sanitaire à long terme
Concernant les conséquences environnementales, le compte-rendu indique que les conclusions du bureau d'études mandaté par Saipol à la demande de la Dreal concluent à l'absence de risque sanitaire à long terme, le panache de fumée s'étant dirigé vers la mer. Les conclusions de l'enquête des services de l'État seront rendues publiques, assure la Dreal, sans préciser de date. La CSS, elle, ne se réunira qu'une fois par an.



