Il y a 42 ans, la raffinerie de Bordeaux condamnée : 370 emplois menacés
Fermeture de la raffinerie de Bordeaux en 1984 : 370 emplois en jeu

Il y a quarante-deux ans, un coup dur industriel frappe Bordeaux

Dans les archives de février 1984, une décision lourde de conséquences émerge : le conseil d'administration de Prodelis, filiale commune à Beghin-Say et Sucre-Union, vote la fermeture de la raffinerie de Bordeaux. Cette usine, située dans le quartier de Bacalan, emploie alors trois cent soixante-dix personnes, dont l'avenir professionnel bascule soudainement.

Les trois points clés d'une fermeture inéluctable

Les conclusions du conseil d'administration, présentées ce 18 février 1984, sont sans appel et se déclinent en trois axes majeurs :

  1. Absence de modernisation : il n'est pas question d'investir dans des rénovations, car aucune perspective d'exploitation rentable ne peut être établie.
  2. Fermeture rapide : la direction souhaite procéder à la cessation d'activité au plus tôt.
  3. Plan social préalable : cette mesure n'interviendra qu'après l'établissement d'un plan social négocié avec les représentants du personnel.

Les raisons économiques derrière la décision

Pour la direction de Prodelis, cette fermeture est motivée par un contexte économique défavorable. La dégradation du marché mondial du sucre est pointée du doigt, ainsi que la tendance croissante des producteurs de canne à sucre à raffiner localement. En Europe, le marché du sucre de bouche connaît également un déclin persistant. Dans ce paysage morose, l'unité bordelaise, qui subirait des pertes mensuelles avoisinant un million et demi de francs, est jugée non viable.

La réaction syndicale et les négociations à venir

Les cinq organisations syndicales présentes au conseil d'administration ont immédiatement contesté ces propositions. Elles soutiennent unanimement la thèse d'une modernisation plutôt que d'une fermeture, plaidant pour une solution qui garantirait le maintien des emplois. Cependant, elles n'ont pas encore arrêté leur position sur les actions à mener, laissant cette décision à l'assemblée générale du personnel prévue le jour même dans l'usine de la rue Achard.

Cette réunion, à laquelle sont conviées les familles des salariés, les élus locaux et les responsables syndicaux, doit permettre à M. Paul Courthéoux, directeur de Prodelis, d'exposer les grandes lignes de son plan social. C'est à l'issue de cette présentation que les organisations syndicales et le personnel se prononceront officiellement.

Un conflit symbolique dans un quartier populaire

Une certitude émerge déjà : la CGT voit dans cette affaire un exemple flagrant des « casses industrielles » qu'elle dénonce régulièrement. Étant donné que la raffinerie se situe à Bordeaux, dans le quartier populaire de Bacalan, il est probable que le syndicat saisisse cette occasion pour mener un combat exemplaire, mobilisant largement la population locale. D'ailleurs, les habitants de Bacalan ont été invités à se rassembler devant l'usine pendant la tenue de l'assemblée générale, soulignant l'ancrage local de ce conflit social.

Cette annonce marque un tournant douloureux pour l'économie bordelaise, illustrant les défis industriels des années 1980 et les tensions entre directions d'entreprise et défense des emplois. Les archives de Sud Ouest conservent la mémoire de ces événements qui ont profondément marqué la région et ses acteurs sociaux.