Le logement, grand oublié des politiques du handicap et du vieillissement
Dans le cadre du vieillissement et du handicap, le niveau des politiques publiques est remis en question. Alors que le maintien à domicile est présenté comme une priorité, un levier essentiel reste largement ignoré : le logement, et plus précisément l'offre de logements réellement adaptés et financièrement accessibles. C'est le constat d'Alain Baranès, directeur général et cofondateur de l'entreprise Mobicap, dans le cadre de notre espace Lignes ouvertes.
La France vieillit. D'ici 2030, près d'un Français sur trois aura plus de 60 ans. La progression du handicap lié à l'âge est une réalité démographique incontestable. Or notre parc de logements n'est pas préparé. Près de 80 % des logements sont inadaptés à la perte d'autonomie et moins d'un logement sur cinq peut accueillir une personne âgée ou en situation de handicap dans des conditions de sécurité satisfaisantes.
Un obstacle majeur : le coût
À cette pénurie s'ajoute un obstacle majeur : le coût. Lorsqu'ils existent, les logements adaptés sont souvent proposés à des loyers inabordables pour des ménages aux revenus modestes, majoritairement issus de pensions ou de prestations sociales. Faute d'offre accessible, des milliers de personnes restent prisonnières de logements dangereux ou sont contraintes d'entrer prématurément en établissement, non par choix, mais par défaut.
Pourtant, selon les dernières études nationales, plus de 90 % des personnes âgées expriment le souhait de vieillir chez elles. Le paradoxe est frappant : le maintien à domicile est présenté comme un pilier des politiques publiques, mais sans une offre massive de logements adaptés à des loyers abordables, cette ambition reste largement théorique.
Massification de l'offre nécessaire
Chaque année, plus de deux millions de chutes de personnes âgées sont recensées, entraînant 130 000 hospitalisations et plus de 10 000 décès. La majorité survient au domicile et pourrait être évitée grâce à des logements pensés ou adaptés à la perte d'autonomie. Continuer à privilégier uniquement les aides humaines, sans agir sur l'habitat, revient à traiter les conséquences sans s'attaquer aux causes.
Dans cette perspective, le rôle de l'État et des collectivités apparaît déterminant pour lever les freins identifiés et donner une portée concrète aux ambitions affichées. Il s'agit d'apporter des cadres d'intervention lisibles et des soutiens à l'investissement permettant de concilier qualité d'usage et loyers accessibles. Une attention particulière peut également être portée à la solvabilisation des ménages, afin de réduire le décalage entre les besoins et les capacités financières, tout en simplifiant des démarches encore trop complexes. Enfin, une meilleure coordination des politiques locales de l'habitat, associée à des leviers incitatifs pour les bailleurs, contribuerait à structurer durablement une offre adaptée, disponible et abordable.
L'adaptation du logement ne peut plus reposer sur des démarches individuelles complexes et inégalitaires. Elle suppose une politique volontariste de massification de l'offre, mobilisant à la fois la production de biens adaptés et la garantie de loyers réellement abordables. Le maintien à domicile ne se décrète pas : il se rend possible par un logement adapté, disponible et accessible financièrement.



