Le secteur automobile plongé dans une crise durable
Retombé à son niveau le plus bas depuis la crise du Covid-19 en 2020 et 2021, le secteur automobile français traverse désormais une crise structurelle profonde. Aux échelles européenne et nationale, les contraintes réglementaires visant à imposer des automobiles plus vertes paralysent de nombreux constructeurs, créant un environnement particulièrement difficile.
L'attachement français à la voiture et la révolution des segments
Les Français, quant à eux, restent profondément attachés à leur "bagnole" et manifestent un engouement croissant pour les voitures haut de gamme et hybrides, des segments actuellement en pleine révolution technologique. Le marché s'oriente résolument vers les "wattures", ces véhicules électriques fabriqués dans une optique de durabilité et où l'intelligence artificielle prend une place toujours plus importante.
Cette conversion accélérée et parfois forcée risque malheureusement de laisser certaines marques traditionnelles sur le bas-côté de la route, incapables de s'adapter suffisamment rapidement aux nouvelles exigences du marché.
Le statut automobile des cadres : un enjeu persistant
Les cadres d'entreprise tiennent fermement à leur statut, et la voiture de fonction reste un marqueur social puissant. "Le logo apposé sur la calandre pèse toujours lourd dans la balance au moment du choix des dirigeants", remarque Dominique Lamarche, directeur de Traxhall Sud-Est, société spécialisée dans la gestion des flottes automobiles d'entreprises.
La domination des marques premium électrifiées
Les membres des comités exécutifs continuent de privilégier les podiums des marques premium :
- Audi
- BMW
- Mercedes
- Porsche
- Lexus
Avec toutefois une nette préférence désormais pour les modèles électrifiés, qu'il s'agisse de véhicules hybrides rechargeables ou 100% électriques.
Le tournant Tesla et ses limites
"Le basculement a véritablement commencé quand les Tesla ont débarqué sur le marché en 2012", se souvient Dominique Lamarche. "Elles parvenaient à mêler deux mondes auparavant distincts : le haut de gamme et l'écologie. Elles bénéficiaient d'une excellente réputation technologique et proposaient d'emblée une autonomie rassurante qui n'existait pas encore sur le marché."
Cependant, Tesla a rapidement pâti de son service après-vente jugé insuffisant. "L'accueil parfois désinvolte dans les concessions, où les clefs étaient simplement tendues en indiquant le numéro de la place de parking, contrastait fortement avec l'amabilité soignée des constructeurs allemands traditionnels", explique le spécialiste.
De plus, l'obligation de faire effectuer les réparations exclusivement dans le réseau Tesla, combinée à des problèmes d'approvisionnement en pièces détachées, allongeait considérablement les délais d'immobilisation des véhicules. Finalement, l'arrivée ces dernières années de produits performants chez les concurrents européens a achevé de convaincre les responsables de parc automobile de déréférencer le constructeur américain.
L'intensification du verdissement des flottes
Le mouvement de verdissement des flottes automobiles d'entreprise, une fois lancé, s'est intensifié sous une double impulsion :
- La recherche d'une amélioration de l'image de marque des sociétés
- L'alourdissement continu de la fiscalité sur les versions thermiques traditionnelles
Pour maintenir leurs coûts sous contrôle, les entreprises proposent désormais systématiquement la gamme inférieure à leurs collaborateurs : une Audi Q3 à la place du Q6, ou une BMW X1 à la place du X3.
L'impact financier sur les choix automobiles
"Le coût de détention d'un véhicule comme le Peugeot 3008 diesel a augmenté de 30 à 40% en seulement quatre années", constate Dominique Lamarche. "Un cadre intermédiaire qui reste attaché à une motorisation à combustion interne se verra désormais allouer un 2008. S'il souhaite conserver le même niveau de prestation et de confort, il aura tout intérêt à passer à l'électrique."
Le spécialiste ajoute : "Un cadre intermédiaire qui a pris l'habitude d'utiliser un véhicule familial, dont il se sert régulièrement pendant les week-ends et les vacances, ne souhaite généralement pas descendre dans le segment inférieur. L'électrique devient alors la solution pour maintenir son niveau de vie."
La prédominance persistante des SUV
Dans ce contexte de transition, les SUV conservent la préférence des collaborateurs. "Leurs attentes suivent naturellement celles des ménages français", explique Régis Masera, directeur de l'Observatoire des mobilités d'Arval.
"Au début des années 2000, les monospaces ont connu un emballement sans précédent. Ils offraient une plus grande volumétrie qui permettait de caser facilement les poussettes pendant les utilisations privées. Pratiques et bons à tout faire, ils n'étaient cependant pas toujours esthétiquement séduisants."
L'évolution esthétique des SUV
"Les constructeurs ont parfaitement compris que cet engouement pour les véhicules spacieux ne faiblirait pas. Ils les ont donc progressivement modifiés pour les rendre plus attirants, avec des carrosseries reprenant les codes esthétiques des berlines traditionnelles tout en conservant des caractéristiques statutaires marquées", rappelle Régis Masera.
Aujourd'hui, la prédominance des SUV sur le marché des flottes d'entreprise s'explique également par une offre limitée en berlines traditionnelles, beaucoup de constructeurs ayant recentré leur production sur les véhicules utilitaires sportifs.
La fiscalité : un argument décisif pour l'électrique
Enfin, la fiscalité automobile devrait achever de convaincre définitivement les cadres de se convertir à l'électrique. Exemptées du malus au poids, les "wattures" bénéficient également d'un abattement fiscal avantageux de 70% sur les avantages en nature lorsque leur production est localisée en Europe.
Cet argument financier puissant, combiné aux préoccupations environnementales et aux contraintes réglementaires croissantes, transforme progressivement mais durablement le paysage automobile des flottes d'entreprise françaises, accélérant la transition vers une mobilité plus verte et plus technologique.



