Mèze lance un projet pionnier d'irrigation viticole avec des eaux usées traitées
Dans la commune de Mèze, un projet collectif inédit associe une cave coopérative et des domaines particuliers autour d'un objectif ambitieux : sauver environ 100 hectares de terres viticoles actuellement non irrigables en réutilisant les eaux usées traitées de la station d'épuration locale. Cette initiative pourrait préserver ces parcelles des épisodes de canicule et du stress hydrique croissant.
Des vignes isolées du réseau d'irrigation traditionnel
Les terres concernées se répartissent entre le domaine Saint-André (40 hectares), une douzaine de coopérateurs de la cave de Pomerols (environ 50 hectares) et le domaine La Croix-Gratiot (2 hectares). Leur particularité commune ? Elles ne peuvent pas se raccorder au réseau du Bas Rhône Languedoc (BRL) qui alimente les autres terres agricoles voisines, les laissant particulièrement vulnérables aux aléas climatiques.
"L'idée m'a été soufflée par un ami. Mais on a vite repéré que la salinité de l'eau sortant de la station d'épuration était trop élevée. Irriguer de façon prolongée avec un tel taux de sel peut tuer la plante et menacer, à terme, de stériliser les sols", explique Xavier Roger, gérant du domaine Saint-André et à l'origine de la démarche.
Un long processus d'étude et de développement technique
Le projet, initié dès juin 2020 avec le bureau d'étude mézois Entech, a nécessité des années de travail :
- Étude des pistes de déminéralisation pour obtenir un taux de salinité acceptable pour la vigne
- Conception d'un pilote en osmose inversée par la société Chemdoc de Clermont-l'Hérault
- Concertation avec Sète Agglopôle, gestionnaire de la station d'épuration, qui a finalement adopté le projet
"C'est un très beau projet collectif, bien pensé. S'il sort, on sera pionnier. Car contrairement à d'autres ressources qui peuvent un jour se tarir, on ne sera jamais limité avec la REUT (réutilisation des eaux usées traitées)", résume Xavier Roger.
Un financement crucial pour l'avenir du projet
Le principal défi reste le financement, estimé à près de 2,5 millions d'euros. Les viticulteurs, constitués en Association syndicale autorisée (ASA), et Sète Agglopôle déposeront en septembre un dossier unique de demande de subvention auprès du fonds européen Feader.
"Tout est conditionné aux aides et subventions. Si on ne les a pas, ou si le taux de subvention est insuffisant, le projet sera caduc. Les réseaux sont traditionnellement aidés. Mais pour la déminéralisation, c'est plus incertain", précise le gérant du domaine Saint-André.
Un fonctionnement en cascade si le projet aboutit
Si les financements sont obtenus, Sète Agglopôle réalisera une unité de déminéralisation qui revendra l'eau traitée aux viticulteurs. Ces derniers devront alors créer un réseau pour acheminer l'eau vers leurs parcelles.
Le projet prévoit de prélever environ 1 000 m³ d'eau par hectare, soit 100 000 m³ annuels sur une station qui en traite 850 000. L'objectif est d'irriguer les 100 hectares de vignes et de pérenniser leur culture d'ici 2028, offrant ainsi un modèle potentiellement reproductible pour d'autres territoires confrontés à des défis hydriques similaires.



