Course à la privatisation de TAP Air Portugal
Les groupes aériens Air France-KLM et Lufthansa se sont officiellement engagés dans la course à la privatisation de la compagnie portugaise TAP Air Portugal. Ce jeudi, les deux géants du transport aérien ont soumis des offres non contraignantes visant à acquérir jusqu'à 49,9% du capital de la compagnie lusitanienne. Dans le même temps, le groupe IAG, maison mère de British Airways et Iberia, a annoncé son retrait du processus, après avoir exprimé son intérêt en novembre dernier.
Les ambitions stratégiques d'Air France-KLM
Air France-KLM a été le premier à communiquer sur cette démarche, confirmant avoir soumis son offre à Parpública, l'agence portugaise de gestion des participations de l'État. Cette offre confirme l'intérêt constant, fort et durable du groupe pour TAP, a déclaré l'entreprise franco-néerlandaise dans un communiqué officiel. Le directeur général Benjamin Smith avait déjà exprimé à plusieurs reprises l'attrait de son groupe pour la compagnie portugaise, qui détient environ 22% du marché des liaisons vers le Brésil, contre seulement 12% pour Air France-KLM.
La stratégie d'Air France-KLM repose sur la transformation de Lisbonne en hub unique du groupe en Europe du Sud, offrant une connectivité étendue vers les Amériques et l'Afrique. Le Brésil représente un marché particulièrement stratégique pour les deux compagnies, renforçant l'intérêt de cette acquisition potentielle.
Les projets de Lufthansa pour le marché portugais
De son côté, le groupe allemand Lufthansa a également confirmé la soumission d'une offre non contraignante pour TAP Air Portugal. En tant que partenaire de longue date au sein de la Star Alliance, Lufthansa se présente comme le meilleur partenaire potentiel pour la compagnie portugaise, selon les déclarations de son président Carsten Spohr en novembre dernier.
Le groupe allemand, qui comprend déjà les compagnies Swiss, Eurowings, Brussels Airlines et Austrian Airlines, et qui a récemment pris le contrôle d'ITA Airways en Italie, envisage un partenariat à long terme avec TAP. Cette collaboration permettrait de renforcer Lisbonne comme hub atlantique du réseau Lufthansa, améliorant la connectivité entre l'Europe et d'autres régions du monde comme l'Amérique du Sud, l'Afrique et l'Amérique du Nord.
Contexte financier et restructuration de TAP
TAP Air Portugal a connu des turbulences importantes ces dernières années. Renationalisée en urgence en 2020 pour faire face aux conséquences de la pandémie de Covid-19, la compagnie a bénéficié d'une injection de 3,2 milliards d'euros de fonds publics en échange d'un plan de restructuration ambitieux.
Sur le plan financier, TAP a dégagé au troisième trimestre 2025 un bénéfice net de 125,9 millions d'euros, en hausse de 14,4% sur un an. Cette performance a permis de compenser les pertes du premier semestre. Sur l'ensemble des neuf premiers mois de 2025, le transporteur a obtenu un résultat positif de 55,2 millions d'euros, bien que ce chiffre représente une baisse de 35,2% par rapport à la même période de 2024.
Le gouvernement portugais souhaite conclure la privatisation d'ici 2026, avec jusqu'à 49,9% du capital ouvert aux investisseurs, dont 5% réservés aux salariés. La compagnie emploie actuellement environ 7 700 personnes, dont 1 200 pilotes, et exploite une flotte d'une centaine d'avions Airbus.
Retrait stratégique d'IAG
Le groupe IAG, qui avait manifesté son intérêt pour TAP en novembre dernier, a finalement annoncé son retrait du processus de privatisation. Cette décision intervient alors que les deux autres grands groupes européens renforcent leur position dans la course à l'acquisition. Le retrait d'IAG simplifie considérablement le paysage concurrentiel, laissant Air France-KLM et Lufthansa comme principaux prétendants pour le contrôle partiel de la compagnie portugaise.
Cette privatisation s'inscrit dans un contexte de consolidation du secteur aérien européen, où les grands groupes cherchent à étendre leur réseau et leur influence sur des marchés stratégiques. La position géographique privilégiée du Portugal, à la croisée des routes transatlantiques et africaines, en fait un atout particulièrement convoité dans cette compétition industrielle.



