Une situation tendue après le week-end de Pâques
Le marché des carburants en France traverse une période de tensions significatives. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient, les prix à la pompe ont connu une hausse soutenue, alimentant les craintes d'une pénurie généralisée. Ces appréhensions se sont concrétisées de manière aiguë à l'issue du long week-end de Pâques, révélant des difficultés d'approvisionnement préoccupantes.
Des ruptures de stock qui touchent près d'une station sur cinq
Ce mardi 7 avril 2026, la ministre déléguée à l'Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a dressé un constat alarmant. Environ 18% des stations-service françaises subissent actuellement une rupture de stock sur au moins un type de carburant. Ce chiffre, communiqué sur les antennes de RMC et BFMTV, illustre l'ampleur des problèmes logistiques et de transport qui perturbent la distribution.
La ministre a précisé que ces difficultés sont concentrées de manière disproportionnée sur un réseau en particulier. « 83% des stations connaissant des difficultés appartiennent au réseau TotalEnergies », a-t-elle indiqué. Cette situation s'explique en grande partie par la politique de plafonnement des prix mise en œuvre par le géant pétrolier depuis le début de la crise géopolitique.
Le plafonnement des prix, un facteur aggravant
TotalEnergies a en effet décidé de limiter le prix de l'essence à 1,99 euro le litre et celui du diesel à 2,09 euros le litre dans ses 3 300 stations en métropole. Cette mesure, initialement prévue jusqu'à ce mardi, a provoqué un afflux massif de clients, mettant sous tension les capacités d'approvisionnement du réseau. En contraste, les autres enseignes ne rapportent qu'un taux de rupture d'environ 4%, selon les déclarations de Maud Bregeon.
Plus tôt dans la journée, Olivier Gantois, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), avait livré une estimation encore plus sévère sur RTL. Il évoquait une station sur quatre en rupture de stock, pointant du doigt les problèmes de livraison durant les jours fériés où la circulation des camions-citernes est fortement réduite.
Un problème logistique, pas une pénurie structurelle
Les responsables se veulent toutefois rassurants sur la nature de cette crise. Olivier Gantois a insisté sur le caractère temporaire et logistique du phénomène. « Les stations seront pour la plupart réapprovisionnées dès aujourd'hui. C'est un problème purement logistique et non de disponibilité des stocks », a-t-il affirmé. Il a ajouté que l'approvisionnement pour le mois d'avril se déroulait normalement et que l'industrie disposait de « quelques semaines de visibilité ».
Sur les marchés, les prix moyens constatés lundi étaient de 2,31 euros le litre pour le gazole et de 2,01 euros pour l'essence SP95-E10, selon un calcul de l'AFP basé sur les données remontées par les stations auprès des autorités.
Un nouveau dispositif d'aides pour les professions vulnérables
Face à cette situation économique tendue, le gouvernement annonce des mesures de soutien ciblées. Maud Bregeon a confirmé la mise en place imminente d'un nouveau dispositif d'aide destiné aux professions les plus exposées à la flambée des prix des carburants.
« Nous aurons un nouveau dispositif d'aide dans les prochains jours pour les Français qui travaillent, qui font face à des difficultés », a déclaré la ministre, honorant ainsi une promesse formulée la semaine précédente par le Premier ministre Sébastien Lecornu. Ce soutien financier visera spécifiquement les aides-soignantes, les aides à domicile et certains agriculteurs confrontés à des difficultés particulières.
Le rejet des mesures universelles et du blocage des prix
La porte-parole du gouvernement a cependant réitéré son opposition à toute mesure de portée générale. « Le choix que nous avons fait depuis le départ, nous allons continuer à le faire. Cibler les aides vers les Français qui travaillent, vers les secteurs les plus en difficulté », a-t-elle justifié, excluant catégoriquement une « aide universelle » pour des raisons budgétaires.
Elle a également rejeté la proposition de la leader de la CGT, Sophie Binet, qui réclamait lundi l'instauration d'un « prix maximum à la pompe de 1,70 euro ». Maud Bregeon a argué que l'expérience récente avec TotalEnergies démontrait qu'un tel plafonnement conduirait « dans un laps de temps très rapide à des problématiques de pénurie ». La réunion prévue entre les syndicats et les ministres de l'Économie, du Travail et de l'Énergie s'annonce donc particulièrement cruciale pour l'avenir de la politique énergétique française en période de crise.



