Le gouvernement fait marche arrière sur les mesures controversées de surveillance
Dans un entretien au Figaro ce mercredi, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a effectué un net rétropédalage concernant le projet de loi « contre la fraude sociale et fiscale ». Initialement prévu pour être discuté à l'Assemblée nationale à partir du 24 février, ce texte, musclé par la droite sénatoriale, devait inclure des moyens renforcés pour surveiller les chômeurs, notamment via l'utilisation des relevés téléphoniques et des données biométriques des usagers.
Le ministre a toutefois assuré qu'il était désormais « hors de question » d'avoir recours aux appels téléphoniques et aux listes de passagers des avions pour traquer la fraude sociale. « Les plus gros fraudeurs ne sont pas les particuliers, a-t-il déclaré. L'idée n'est pas d'aller embêter les Français qui sont en règle. » Cette announce marque un revirement significatif par rapport aux propositions initiales du Sénat, qui visaient explicitement à surveiller les déplacements à l'étranger des allocataires.
Les syndicats dénoncent un climat de « surveillance de masse »
Malgré ce recul gouvernemental, les syndicats de France Travail expriment de vives inquiétudes. Ils décrivent l'instauration progressive d'un climat de « surveillance de masse » depuis plusieurs années, avec une augmentation notable du nombre de contrôles de chômeurs. Selon Guillaume Bourdic, représentant CGT-FO à France Travail, l'agence se transforme en un service de sanctions plutôt que d'accompagnement.
Il pointe du doigt les réformes du gouvernement Attal, qui imposent 1,2 million de contrôles pour 2026, soit cinq fois plus que les années précédentes. « Les seuls services qui ont été renforcés ces dernières années sont les services de contrôle et de sanction, alors que c'est d'accompagnateurs dont on manque », déplore-t-il. Cette orientation contribue, selon lui, à une stigmatisation croissante des demandeurs d'emploi.
Une stigmatisation alimentée par les idées reçues
Le dernier baromètre de l'Unédic sur les idées reçues attachées aux chômeurs révèle des chiffres préoccupants : 36 % des Français estiment que les allocations chômage sont trop élevées, et 37 % pensent que les demandeurs d'emploi fraudent pour obtenir plus d'argent. « Ce discours dominant se distille dans la société, et donc forcément dans le corps social que sont les agents France Travail, concède Guillaume Bourdic. Même si la grande majorité essaie de faire correctement leur travail, cette stigmatisation constante crée une forte perte de sens pour les travailleurs sans emploi comme pour les agents. »
« Un certain public » ciblé par des mesures sécuritaires
Parmi les cibles de cette stigmatisation, le syndicaliste évoque particulièrement les chômeurs qui effectuent des déplacements à l'étranger, que ce soit pour des raisons personnelles ou professionnelles. Les propositions initiales du Sénat visaient explicitement à surveiller les « relevés téléphoniques » des allocataires et les achats de billets d'avion à l'étranger.
Guillaume Bourdic dénonce un message extrêmement stigmatisant envoyé aux allocataires, visant « un certain public » qui partirait à l'étranger dans certains pays. « Ce discours s'intègre dans une logique sécuritaire globale, précise-t-il, qui pourrait même s'apparenter à de l'islamophobie. »
Les professionnels de la fraude échappent aux contrôles
Laurent Mérique, secrétaire général du syndicat Snap France Travail, partage ce constat alarmant. « Comme d'habitude, le professionnel de la fraude passera entre les mailles du filet, mais les autres chômeurs en souffriront. » Il appelle plutôt à clarifier la situation des demandeurs d'emploi qui partent à l'étranger pour des raisons légitimes, comme la création d'une entreprise à l'étranger, plutôt que de chercher à « fliquer » constamment les chômeurs.
Les syndicats insistent sur la nécessité de recentrer les efforts sur l'accompagnement des chômeurs plutôt que sur leur surveillance, craignant que les mesures actuelles ne créent un climat de méfiance et d'exclusion sociale. Le projet de loi, bien que modifié, reste sous haute surveillance alors que les débats parlementaires approchent.