Le mystère du carton doré sous le saumon fumé enfin élucidé
S’il existe une question existentielle qui taraude les esprits des consommateurs français, c’est bien celle de la plaque en carton de couleur dorée placée sous le saumon fumé en tranches ou la truite. Une interrogation à laquelle peut-être 86 % des Français attendent une réponse, selon une enquête menée par CSA en 2024 pour les Entreprises du Traiteur Frais (ETF). Ce taux correspond précisément au pourcentage de répondants affirmant consommer régulièrement du saumon fumé, soulignant l’importance de ce produit dans les habitudes alimentaires nationales.
Une tradition culturelle et festive ancrée dans les mœurs
« C’est surtout un historique culturel et un historique d’usage », explique Sylvie Amar, directrice de création de l’agence de design et de branding FoodDesign. Elle précise que le saumon fumé est depuis longtemps associé aux festivités de fin d’année en France. Pour maintenir cet esprit festif tout au long de l’année, notamment lorsque le produit est acheté déjà tranché et présenté comme un poisson plat, l’utilisation du doré s’est imposée comme une évidence. Cette stratégie semble porter ses fruits : aujourd’hui, le saumon fumé est le produit de la mer le plus consommé lors des fêtes pour 69 % des Français, devançant les huîtres (62 %) et les crustacés (56 %).
Le doré : un outil marketing puissant et un inconscient collectif
Festif, certes, mais aussi « clairement du marketing », selon Sandra Joly, DGA en charge des activités consumer chez Lonsdale + Partners. Cette agence a travaillé pendant plusieurs années sur l’identité de la marque Labeyrie. Sandra Joly souligne que le doré est devenu une sorte d’inconscient collectif, symbolisant immédiatement la supériorité et la qualité. « Le saumon fumé est un produit réactualisé et respecté, avec son côté noble même s’il est devenu plus accessible », explique-t-elle. Il nécessite une présentation soignée et un emballage adapté, car c’est un produit fragile. La couleur dorée le valorise par contraste, créant une perception de luxe et de raffinement.
Lors de tests consommateurs, Sandra Joly a observé qu’un produit placé sur un plateau noir était perçu comme moins qualitatif que celui sur un support doré. Quant à l’argenté, « c’est possible aussi, mais l’argent ou l’or, ce n’est pas la même chose », précise l’experte, indiquant que le doré reste la référence en matière d’emballage festif.
Design et praticité : répondre aux attentes des consommateurs
« Quand on dessine un emballage, on prend le crayon pour un cahier des charges, un objectif et une cible », complète Sylvie Amar de FoodDesign. À ce moment précis, l’usage du produit est situé dans une culture collective. En France aujourd’hui, cette culture consiste à mettre du doré parce que le saumon est festif. Cette approche dépasse la simple tradition pour devenir une réponse sociétale. « Au mieux, dans les maisons où il y a un art de la table, on enlève évidemment le carton. Mais dans beaucoup de foyers, on le laisse », note-t-elle.
Le carton doré offre ainsi une facilité d’usage pour une cible qui n’a pas forcément de préalable de présentation, peu d’intérêt pour l’art de la table, et qui cherche la simplicité. « Si l’emballage sert à sublimer, il sert aussi à mettre en scène l’usage et rendre la praticité aux consommateurs qui cherchent à en faire le moins possible », conclut Sylvie Amar. Cette dimension pratique n’est pas anecdotique, car elle répond aux besoins croissants de commodité dans la consommation moderne.



