Eramet secoué par une crise de gouvernance sans précédent
Le groupe minier et métallurgique français Eramet, spécialiste du manganèse, du nickel et des sables minéraux, traverse actuellement une période de turbulence exceptionnelle au sommet de sa hiérarchie. En l'espace de quelques jours seulement, deux de ses principaux dirigeants ont été écartés de leurs fonctions, créant une onde de choc dans le secteur et parmi les observateurs.
Un directeur général limogé pour divergences opérationnelles
Le premier coup de théâtre est intervenu dimanche 1er février, lorsque le conseil d'administration d'Eramet a annoncé la révocation de son directeur général, Paulo Castellari. La décision a été justifiée par des « divergences sur les modes de fonctionnement », selon la communication officielle du groupe. L'Italo-Brésilien, qui avait pris ses fonctions en mai 2025 en remplacement de Christel Bories, quitte donc son poste après seulement neuf mois d'exercice.
Christel Bories, qui dirigeait Eramet en tant que PDG depuis 2017 avant de passer à la présidence du conseil d'administration après avoir renoncé à un troisième mandat, reprend du service dans l'urgence. Elle assure désormais l'intérim de la direction générale, dans un contexte particulièrement délicat pour l'entreprise.
Le directeur financier mis à l'écart à son tour
Le deuxième épisode de cette saga managériale s'est déroulé lundi 9 février, à moins de dix jours de la présentation des résultats annuels du groupe. Eramet a alors révélé que son directeur financier, Abel Martins-Alexandre, faisait l'objet d'une « dispense d'activité temporaire ».
Cette mesure intervient suite à un signalement émanant de plusieurs collaborateurs de la direction financière, dénonçant des pratiques de management jugées problématiques. Une enquête indépendante a été diligentée pour faire toute la lumière sur ces allégations. Abel Martins-Alexandre, qui avait rejoint Eramet le 15 septembre 2025, se retrouve donc temporairement écarté de ses responsabilités.
Une situation exceptionnelle sans suspicion de fraude
Ce qui rend cette double éviction particulièrement remarquable, c'est qu'elle survient sans qu'aucune fraude ne soit suspectée. Dans le monde des grandes entreprises, voir un directeur général limogé puis un directeur financier mis sur la touche en si peu de temps, pour des motifs liés au fonctionnement interne et au management, constitue un événement rare.
La rapidité de ces décisions successives suggère des tensions profondes au sein de la direction d'Eramet, alors que le groupe doit bientôt présenter ses résultats annuels et faire face aux défis du secteur minier international. Cette crise de gouvernance intervient à un moment crucial pour l'entreprise, qui doit rassurer ses actionnaires et ses partenaires sur sa stabilité et sa capacité à naviguer dans un environnement économique complexe.
Les observateurs du secteur minier français suivent désormais avec attention l'évolution de cette situation, qui pourrait avoir des répercussions sur la stratégie et les opérations d'Eramet dans les mois à venir. La capacité de Christel Bories à stabiliser temporairement le navire en attendant des nominations permanentes sera particulièrement scrutée.