Automobile 2025 : après le séisme Stellantis, l'industrie française face à un désastre annoncé
Automobile 2025 : l'industrie française face au désastre

Automobile 2025 : l'industrie française au bord du précipice

Le séisme provoqué par Stellantis vendredi dernier a révélé l'ampleur de la crise qui frappe l'industrie automobile française. Avec une perte nette attendue entre 19 et 21 milliards d'euros pour le second semestre 2025, après déjà 2,3 milliards au premier, le groupe franco-italo-américain a donné le ton pour une série de résultats désastreux que les constructeurs et équipementiers dévoilent depuis ce mercredi 11 février.

Un contexte mondial particulièrement défavorable

L'industrie automobile française navigue dans des eaux particulièrement troubles. Plombée par un marché mondial au ralenti, la déferlante des constructeurs chinois qui bradent les prix, une transition vers l'électrique chaotique et un écart de compétitivité qui ne cesse de se creuser, la situation est critique. Les ventes de voitures neuves en France ont encore reculé de 6,5% en janvier, après un repli de 5% sur toute l'année 2024.

Jean-Dominique Senard, président de Renault et vice-président de l'Institut Montaigne, souligne l'urgence de la situation alors que les six "majors" françaises de l'automobile – Stellantis (cinquième mondial), Renault (quatorzième), Michelin, Valeo, Forvia et OPmobility – font toutes état d'une situation très difficile en France et en Europe.

Des résultats en chute libre

Premier à entrer en lice ce mercredi, Michelin a annoncé que ses bénéfices annuels 2025 seraient en nette baisse. Le groupe de Clermont-Ferrand a dégagé au premier semestre un résultat net en chute de 27,8%, en raison de ventes en recul de 3,4%. Fin 2024, Michelin avait déjà annoncé la fermeture de plusieurs usines, dont deux en France à Cholet et Vannes, affectant 1.254 salariés.

Renault, qui publiera ses résultats le 19 février, devrait mieux tirer son épingle du jeu grâce à des ventes annuelles en hausse de 3,2% en volume, dopées par le lancement de la R5 électrique. Mais le groupe a vu chuter son bénéfice de 69% au premier semestre et prévoit une baisse de sa marge. Pour économiser, il a gelé les embauches au niveau mondial et envisagerait un plan de départs volontaires.

Stellantis et les équipementiers en grande difficulté

Stellantis annoncera le 26 février un résultat "dans le rouge vif", dû aux énormes charges destinées notamment à ralentir sa production dans l'électrique – une volte-face à contre-courant de ses concurrents chinois. La perte sera colossale : entre 19 et 21 milliards d'euros pour le second semestre.

Le contexte est encore plus difficile pour les équipementiers et leurs fournisseurs, ébranlés par des concurrents chinois qui bradent les prix. Valeo, qui publiera ses résultats le 26 février, a vu son bénéfice net chuter de 26% au premier semestre 2024 et prévoit des ventes annuelles d'environ 20,5 milliards d'euros, soit une baisse de 5%. Le groupe a annoncé la suppression d'environ 2.000 emplois en France et en Allemagne.

Forvia, qui publie ses résultats le 24 février, a perdu 269 millions d'euros au premier semestre et avait annoncé en 2024 la suppression de 10.000 postes d'ici 2028. Seule exception, OPmobility (le 25 février) prévoit une amélioration de sa marge opérationnelle et de son résultat net, avec un chiffre d'affaires quasiment stable sur neuf mois.

L'écart de compétitivité avec la Chine

"L'Europe a un écart de coût de 15 à 35% avec la Chine. Si on ne fait rien, elle peut perdre 23% de valeur ajoutée pour les équipementiers automobiles, avec 350.000 emplois menacés", souligne le cabinet Roland Berger dans une étude réalisée pour le CLEPA, l'association des équipementiers automobiles européens.

Avec un effet domino, ces derniers mois ont vu se multiplier les plans sociaux dans le secteur. Le groupe allemand Bosch, leader mondial en difficulté, ferme plusieurs usines en Europe dont une en France à Yzeure (Allier). Lisi Automotive ferme une usine dans le Val-d'Oise. Fin 2024, Volkswagen, n°2 mondial des constructeurs, a décidé de supprimer 35.000 postes en Allemagne d'ici 2030 et Ford 4.000 postes en Europe d'ici fin 2027.

La préférence européenne : une solution insuffisante ?

La préférence européenne que l'UE pourrait décider le 25 février – l'exigence de 75% de contenu local dans les voitures vendues en Europe pour bénéficier de bonus à l'achat – pourrait protéger en partie les industriels européens selon Roland Berger. Mais rien ne dit que cette mesure suffise à inverser la tendance.

Déjà, selon le cabinet Dataforce, les marques chinoises ont atteint 9,5% des ventes en Europe en décembre 2024, et ce malgré les droits de douane européens instaurés en 2024 sur les voitures chinoises qui peuvent atteindre 37%. La bataille pour la survie de l'industrie automobile française et européenne est plus que jamais engagée, avec des résultats 2025 qui s'annoncent historiquement mauvais pour la plupart des acteurs du secteur.