Le groupe socialiste à l’Assemblée nationale a annoncé à son tour, après les Insoumis et le Rassemblement national, son opposition à la candidature d’Emmanuel Moulin pour diriger la Banque de France, fragilisant la position du candidat soutenu par Emmanuel Macron.
Une décision qui fragilise les chances du candidat
« Les socialistes voteront contre la nomination d’Emmanuel Moulin à la tête de la Banque de France », a affirmé mardi le député PS Philippe Brun, à l’issue de son audition devant la commission des Finances de l’Assemblée. Cette décision fragilise les chances du candidat d’Emmanuel Macron. L’ancien secrétaire général de l’Élysée sera auditionné mercredi matin par la commission des finances du Sénat puis par celle de l’Assemblée nationale, avant un vote à bulletin secret des 121 commissaires des deux chambres. Si trois cinquièmes des suffrages exprimés sont défavorables à sa nomination, celle-ci sera repoussée.
Les oppositions se multiplient
Les Insoumis et le Rassemblement national ont déjà annoncé qu’ils voteraient contre, si bien que son sort est désormais entre les mains des Républicains. Les socialistes avaient auditionné Emmanuel Moulin en amont de son « grand oral » devant les commissaires aux Finances. « Emmanuel Moulin ne présente pas les garanties d’indépendance politique indispensables à la fonction de banquier central. En tant que principal responsable de la politique économique du gouvernement depuis dix ans, il ne peut se prévaloir d’une quelconque indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif », explique Philippe Brun dans un communiqué.
Les reproches socialistes
Sur le fond, les socialistes reprochent au candidat de ne pas s’être engagé auprès d’eux « pour le renforcement de la régulation bancaire mais au contraire pour sa dérégulation », d’être favorable « à la relance de la titrisation en Europe » et d’avoir démontré à Bercy « son rôle central dans la défense du lobby bancaire en ayant fait barrage, à plusieurs reprises, aux initiatives européennes pour renforcer la stabilité financière et éviter l’émergence d’une nouvelle crise ».
Le parcours d'Emmanuel Moulin
Emmanuel Moulin, 57 ans, a été secrétaire général de l’Élysée pendant un an. Auparavant, il avait été successivement directeur de cabinet de Bruno Le Maire au ministère des Finances, directeur du Trésor et directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon. Le groupe socialiste au Sénat n’a pas indiqué si la position exprimée par Philippe Brun valait aussi pour les sénateurs PS.
Appel à ne pas se faire marcher dessus
Plus tôt dans la matinée, le président de la commission des Finances, Éric Coquerel (LFI), avait appelé le Parlement à « ne pas se faire marcher dessus » et à rejeter la nomination d’Emmanuel Moulin. Sans remettre en cause les « compétences » de l’intéressé, le député de Seine-Saint-Denis a dit s’y opposer « sur la question de son indépendance », faisant un parallèle avec la nomination récente de l’ex-ministre macroniste Amélie de Montchalin à la Cour des comptes.
Rumeur d'accord entre l'Élysée et la droite sénatoriale
Éric Coquerel s’est particulièrement adressé à la droite sénatoriale, alors qu’une rumeur relayée par le journal « Les Échos » évoque un supposé accord entre elle et l’Élysée en échange d’une nomination comme Défenseur des droits du sénateur LR et ancien ministre François-Noël Buffet. « Je veux croire que les LR du Sénat ne vont pas accepter ce deal s’il leur a été proposé », a affirmé Éric Coquerel. Une approche réfutée par l’entourage du président LR du Sénat Gérard Larcher, qui a qualifié la rumeur de « ridicule ». Interrogées, plusieurs sources parlementaires LR ont reconnu néanmoins l’existence de contacts en ce sens.



