L'héritier Baer voit sa banque liquidée après des accusations de financement illicite
Banque MBaer liquidée pour financement illicite

La chute d'une banque suisse accusée de financement illicite

Dans le monde bancaire, certaines traditions familiales se perpétuent à travers les générations, mais visiblement, les valeurs éthiques ne font pas partie de l'héritage dans la famille Baer. Mike Baer, l'arrière-petit-fils du fondateur de la célèbre banque privée Julius Baer, a vu son établissement financier, MBaer Merchant Bank, mis en liquidation forcée après avoir été coupé du système financier américain.

Une décision radicale du Trésor américain

En février dernier, le Trésor américain a pris une mesure drastique contre MBaer Merchant Bank, fondée en 2018. Cette décision fait suite aux conclusions du réseau américain de lutte contre la criminalité financière (FinCen), qui a qualifié l'institution suisse de "nœud d'accès critique au dollar américain pour une grande variété d'acteurs illicites". Selon une enquête approfondie du Financial Times, la banque était devenue une référence mondiale pour les clients les plus risqués, issus de pays sous sanctions ou adeptes de montages financiers opaques.

"Il voulait atteindre ces personnes", a confié un proche de Mike Baer au journal britannique. Mais la frontière entre risque élevé et illégalité a été allègrement franchie par l'héritier bancaire.

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Contournement systématique des sanctions internationales

Le rapport du FinCen révèle des pratiques particulièrement préoccupantes :

  • Maintien de comptes et de paiements pour des Russes sous sanctions américaines, dont l'ancien président Dmitri Medvedev
  • Facilitation du blanchiment d'argent pour des oligarques et des personnalités proches du pouvoir russe
  • Transactions liées à des achats militaires suspects
  • Autorisation d'opérations facilitant la contrebande pétrolière iranienne
  • Blanchiment d'argent pour des réseaux proches des Gardiens de la révolution iranienne
  • Contournement des sanctions pétrolières visant le Venezuela et la compagnie PDVSA
  • Participation à des schémas de corruption présumée

Des connexions troubles au plus haut niveau

Le dossier vénézuélien met particulièrement en lumière le rôle de Siri Evjemo-Nysveen, vice-présidente du conseil d'administration de MBaer de 2019 à 2023. Selon les enquêteurs, elle aurait utilisé sa position pour blanchir les profits de son mari, l'avocat italien Alessandro Bazzoni, impliqué dans le commerce illégal de pétrole vénézuélien. Ce dernier a d'ailleurs été actionnaire de la banque entre 2020 et 2021.

Un succès apparent masquant des pratiques douteuses

Paradoxalement, MBaer affichait une santé financière enviable avant son exclusion du système américain, avec une marge de 3 % sur ses actifs. L'établissement avait même reçu le titre de banque privée la plus performante au concours annuel des gestionnaires de fortune suisses en novembre 2025.

Pourtant, ses débuts en 2018 avaient été chaotiques. Alors que Mike Baer ambitionnait de créer la banque des entrepreneurs et commerçants, reprenant le flambeau familial, les deux premières années furent marquées par de lourdes pertes, aggravées par la crise du Covid-19. Le profil des actionnaires recrutés pour renflouer les caisses avait déjà attiré l'attention des autorités américaines.

Un secret de Polichinelle dans le milieu bancaire

Ces révélations ne surprennent guère les initiés du secteur bancaire suisse. "Tout le monde sait ce qui se passe, et pourtant cela dure bien trop longtemps", a déclaré un dirigeant bancaire zurichois au Financial Times. "La stratégie de la banque était de notoriété publique."

Un enquêteur suisse a précisé au journal que 80 % des clients de MBaer étaient considérés comme "à haut risque" et que 98 % des entrées d'actifs provenaient de cette catégorie. Cette approche contraste radicalement avec les efforts des autorités helvétiques pour assainir leur secteur financier, autrefois régi par le secret bancaire.

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La fin d'une époque

L'Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers suisse (Finma) surveillait MBaer depuis deux ans avant de lui retirer son agrément le 6 février. Bien que la banque aurait pu continuer ses activités pendant la procédure de recours, la décision du Trésor américain a mis un terme définitif à son existence. Mike Baer, quant à lui, rejette catégoriquement toutes les accusations portées contre son établissement.

Cette affaire illustre les défis persistants de la régulation financière internationale et les difficultés à éradiquer les pratiques douteuses dans un secteur où la frontière entre risque calculé et illégalité reste parfois trop poreuse.