Neuf trésors asiatiques sauvés de la destruction par la douane rejoignent le Musée de Bordeaux
Trésors asiatiques sauvés par la douane pour le Musée de Bordeaux

Neuf trésors asiatiques sauvés de la destruction par la douane

Depuis ce lundi 20 avril, le Musée d'ethnographie de Bordeaux a reçu un don exceptionnel de la part des services douaniers. Neuf pièces d'artisanat asiatique, majoritairement datées du XIXe siècle, ont été officiellement remises à l'institution culturelle bordelaise. Ces objets d'une valeur historique inestimable étaient pourtant initialement voués à la destruction complète en raison de leur composition illégale.

Des ornements en espèces animales protégées

Toutes ces pièces uniques comportent des éléments provenant d'espèces animales protégées et menacées d'extinction. Un porte-bébé traditionnel est orné de dents d'ours malais, tandis qu'une coiffe de chef du nord-est de l'Inde arbore des plumes de buceros. Des netsukes japonais destinés à décorer les ceintures de kimono sont sculptés dans de l'ivoire précieux. Depuis l'adoption de la convention internationale de Washington en 1973, le commerce de ces matières issues d'espèces protégées est strictement interdit.

"Ces pièces sont du niveau du musée du Quai-Branly. Les envoyer à l'incinérateur aurait été un crève-cœur", confie Frédéric Decout, contrôleur principal des douanes à Limoges, qui s'est battu pendant une année entière pour trouver un refuge à ces trésors menacés.

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Un sauvetage culturel in extremis

L'histoire de ce sauvetage culturel remonte au 18 mars 2025, lorsque Frédéric Decout a découvert ces objets dans le catalogue d'une vente aux enchères organisée par un commissaire-priseur de Limoges. Parmi les 350 pièces mises en vente ce jour-là, provenant toutes d'un château de l'Indre appartenant à un cartographe espagnol à la retraite, 14 lots suspects ont immédiatement attiré son attention.

Les experts du Muséum d'histoire naturelle de Paris ont examiné minutieusement chaque pièce, écartant plusieurs objets dont une selle mongole supposément ornée d'ivoire. Finalement, neuf infractions ont été retenues, concernant des objets incorporant des crânes de macaques crabiers, des becs de calao, des griffes et autres trophées d'espèces menacées.

Une collection controversée

Le propriétaire original, un cartographe espagnol ayant travaillé dans le monde entier, avait entrepris de vendre les 25 000 pièces de sa collection faramineuse avant de quitter la France. Cette collection rassemblait un demi-siècle d'objets offerts par les plus hautes autorités des pays visités, principalement en Asie, ou acquis lors de rencontres avec des ethnies reculées.

"Pour moi, durant cinquante ans, cet homme a allègrement pillé les civilisations qu'il a croisées", dénonce Frédéric Decout avec une certaine amertume. Bien que le collectionneur lui-même soit resté hors de portée des autorités françaises, le commissaire-priseur mandaté pour la vente a dû s'acquitter d'une amende pour détention et tentative de commercialisation d'objets illégaux.

Une nouvelle vie muséale

La directrice du Musée d'ethnographie de Bordeaux, Sophie Chavre-Dartoen, a accueilli ce don avec une émotion palpable. "Ces objets témoignent de pratiques spirituelles ou artistiques, pour certains de civilisations disparues. Ils nous permettront aussi de mieux sensibiliser le public à la gestion du vivant et au respect des cultures", explique-t-elle avec conviction.

Fondé en 1894 et installé place de la Victoire au sein de l'université, le musée est l'un des rares établissements de ce type intégré à une institution universitaire. Les neuf nouvelles pièces s'intègrent parfaitement aux collections existantes et trouveront bientôt leur place dans le cabinet de curiosité, accompagnées de notices explicatives détaillant leur origine et leur signification culturelle.

"Je suis heureuse qu'ils puissent poursuivre leur vie préservés", sourit Sophie Chavre-Dartoen. "Qu'ils échappent au marché et à la destruction pour devenir des témoins accessibles à tous."

Un contexte régional de lutte contre le trafic

Cette remise exceptionnelle s'inscrit dans un contexte plus large de lutte contre le commerce illégal d'espèces sauvages en Nouvelle-Aquitaine. En 2025, les douaniers de la région ont constaté 37 infractions aux règles du commerce international des espèces protégées.

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Jean-François Rubler, directeur interrégional des douanes de Bordeaux, précise que les saisies concernent principalement de la viande de brousse à l'aéroport de Mérignac, avec des produits comme de l'antilope ou du singe boucané en provenance d'Afrique ou d'Amérique du Sud. Viennent ensuite des coraux, coquillages des territoires ultramarins, ainsi que des oiseaux et reptiles souvent transportés dans des conditions inadaptées.

Les douaniers maintiennent une surveillance constante sur les marchés des antiquités, de la seconde main, les brocantes, vide-greniers et ventes aux enchères où ces produits illégaux peuvent réapparaître. La mission de Frédéric Decout et de ses collègues dépasse ainsi la simple interception pour englober la préservation du patrimoine culturel mondial.