Hermès déploie son excellence artisanale en Gironde avec la nouvelle manufacture de Loupes
À Tokyo, New York, Paris ou Shanghai, les célèbres sacs Kelly, Birkin ou Brides de Jour d'Hermès pourraient bien porter l'empreinte discrète de la nouvelle maroquinerie du sellier, située à Loupes, en Gironde. Ce lieu exceptionnel, dont la beauté architecturale reflète métonymiquement l'excellence des savoir-faire qui y sont déployés, incarne la spécificité d'une maison où chaque sac est intégralement réalisé par un seul et même artisan. Une singularité précieusement préservée par la Maison avec un soin jaloux.
Une croissance maîtrisée au service de l'artisanat
Guillaume de Seynes, directeur général d'Hermès et héritier de la famille fondatrice – son grand-père Émile créa le Kelly en 1935 –, revient sur les défis et les engagements qui se lisent dans ce nouveau pôle de production. Face à une demande croissante, la priorité absolue reste de ne jamais déroger à la qualité. Dans la maroquinerie, cette excellence est intrinsèquement liée au mode de fabrication historique, qui doit impérativement conserver son caractère artisanal.
« Nous sommes dans un 'artisanat à échelle industrielle' : nous avons des milliers d'artisans, mais chaque artisan fabrique son sac du début à la fin. C'est un principe non négociable car il garantit la qualité finale », explique Guillaume de Seynes. Ainsi, les seules variables de croissance possibles pour répondre à la forte demande sont le recrutement et la formation.
Une stratégie de développement régional et humain
Depuis quinze ans, Hermès suit cette dynamique tout en s'imposant une limite cruciale : ne pas dépasser 300 personnes par site afin de conserver un esprit familial où le management peut connaître chaque salarié. L'objectif est de créer des pôles d'excellence régionaux, comme ici en Gironde, avec l'ouverture de Loupes après celle de Saint-Vincent-de-Paul en septembre 2021.
La formation occupe une place centrale dans cette approche. Depuis 2021, elle est entièrement réalisée au sein de l'École Hermès des savoir-faire, qui a obtenu le statut de Centre de Formation d'Apprentis (CFA), permettant de délivrer des diplômes reconnus par l'État. Cette école est déployée physiquement dans chaque pôle, comme en Guyenne ou en Franche-Comté.
La formation dure 18 mois : 6 mois pour apprendre les gestes fondamentaux, 6 mois pour maîtriser la fabrication d'un modèle complexe comme le Kelly – qui permet d'appréhender le plus grand nombre de savoir-faire – et 6 mois de perfectionnement en atelier avec un tuteur. Chaque année, entre 600 et 700 personnes sont formées, les deux tiers terminant le parcours et étant engagés dans les manufactures.
Recrutement anticipé et transmission des savoir-faire
Le recrutement est parfois lancé avant même la construction des bâtiments. Pour la prochaine maroquinerie près de Caen à Colombelles, les permis de construire ont déjà été déposés et le recrutement a commencé. Les futurs artisans seront formés dans un site provisoire avant de rejoindre la nouvelle manufacture dès son ouverture.
Lors du lancement d'un nouveau site, Hermès encourage également la mobilité interne : des artisans confirmés viennent de Paris ou d'autres régions pour transmettre le savoir-faire et la culture de la maison aux nouveaux arrivants. Cette transmission est essentielle pour préserver l'esprit unique d'Hermès.
Un regain d'intérêt pour les métiers manuels
Guillaume de Seynes se réjouit de l'appétence croissante pour ces métiers de la main. « Il y a depuis une quinzaine d'années un vrai regain d'intérêt pour ces métiers, et nous recrutons des jeunes, mais aussi nombre de personnes en reconversion qui nous disent : 'Je voulais faire un métier manuel, mais le système m'en a dissuadé.' Ils saisissent enfin cette opportunité chez Hermès », souligne-t-il.
L'architecture au service du bien-être des artisans
Hermès porte une ambition architecturale forte pour chaque site, reprenant l'adage de Jean-Louis Dumas : « Il faut faire du beau dans du beau. » À Loupes, l'architecte Patrick Arotcharen a conçu un projet qui s'insère harmonieusement dans la nature du site, ses courbes épousant la forme de la clairière où il s'épanouit, tout en préservant les arbres remarquables comme un chêne centenaire autour duquel tout s'articule.
Le bâtiment, à impact minimal, maximise les circulations et les espaces de stockage ou de réception, avec un soin particulier apporté à la lumière naturelle pénétrant dans les ateliers. L'objectif est de créer un cadre de vie où les artisans se sentent bien, car même la plus belle manufacture ne garantit pas la qualité si le recrutement ou le management fait défaut.
Préserver l'esprit familial malgré la croissance
En tant que dirigeant et membre de la famille fondatrice, Guillaume de Seynes considère comme sa responsabilité de préserver cet esprit alors que le groupe poursuit sa croissance. Avec plus de 70 sites de production, dont plus de 60 en France, il s'efforce de visiter chacun d'entre eux au moins tous les deux ans pour cultiver la proximité et incarner l'histoire familiale.
« Le Kelly, par exemple, a été dessiné par mon grand-père en 1935. Chez Hermès, nos produits racontent une histoire et les artisans en sont fiers – ils signent leur propre sac », rappelle-t-il. Cette fierté artisanale est au cœur de l'identité de la maison.
Spécialisations et fabrication 100 % française
Si les ateliers de Pantin restent la « matrice » où tous les modèles sont développés grâce au Bureau des études, certaines manufactures peuvent développer des spécialisations. Par exemple, à Montereau, la proximité de la tannerie favorise le traitement des peaux exotiques. À Loupes, aux côtés des classiques Kelly et Birkin, les artisans travaillent sur le dernier né, le Brides de Jour.
Pour la maroquinerie, Hermès privilégie une fabrication 100 % française et n'envisage pas de changer. C'est en France qu'est né le savoir-faire de sellier de la maison. Pour d'autres métiers, comme la chaussure ou l'horlogerie, Hermès se rend là où se trouve l'excellence : en Italie pour la chaussure, où le savoir-faire a disparu en France, ou en Suisse naturellement pour l'horlogerie.
Cette stratégie équilibrée, alliant croissance maîtrisée, préservation de l'artisanat et ancrage territorial, permet à Hermès de continuer à écrire son histoire d'excellence, sac après sac, dans des lieux comme Loupes qui en incarnent l'essence même.



