Viticulture en Occitanie : un viticulteur dénonce la triche généralisée face aux normes
Viticulture : un viticulteur dénonce la triche face aux normes

Viticulture en Occitanie : les confessions explosives d'un professionnel à bout

Dans le cadre d'une série d'enquêtes sur l'avenir de la viticulture en Occitanie, Midi Libre donne la parole à Philippe, un viticulteur du Gard qui utilise un prénom d'emprunt. Loin des discours officiels, il décrit un quotidien marqué par la lourdeur administrative et le contournement généralisé des règles.

"Tout le monde triche" : le constat accablant d'un professionnel

Philippe, qui approche de la retraite, constate avec amertume l'accumulation de normes et de règlements depuis ses débuts dans le métier. La pénibilité physique et mentale s'est accrue, tandis que les exigences environnementales se multiplient. "C'est devenu tellement délicat à gérer que tout le monde triche pour passer à travers les mailles du filet", affirme-t-il sans détour.

Il illustre son propos par des exemples concrets :

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  • L'obligation de ne pas traiter les vignes par vent fort est contournée en indiquant sur les registres que le traitement a été effectué par temps calme.
  • L'interdiction de mélanger fongicides et insecticides est respectée "sur le papier" uniquement.
  • Les primes pour laisser des terres en friche au profit de l'outarde canepetière sont perçues comme absurdes, car l'oiseau n'est jamais observé sur ces parcelles.

Pour Philippe, cette situation relève de l'hypocrisie destinée à contenter les écologistes, tandis que l'État complique la tâche des viticulteurs au nom de la biodiversité.

Le bio en perte de vitesse et le recours aux produits chimiques

Le viticulteur n'a pas franchi le pas vers l'agriculture biologique, une filière qu'il estime en stagnation après des années de croissance. "Certains se sont laissé convaincre, mais ils se retrouvent avec 20% de coûts supplémentaires sans garantie de prix rémunérateurs", explique-t-il. La déconversion et la prudence des nouveaux entrants freinent désormais le développement du bio.

Philippe retrace l'évolution des pratiques :

  1. Utilisation initiale de sulfate de cuivre, similaire aux méthodes biologiques actuelles.
  2. Arrivée de fongicides de synthèse comme le cursate, présentés comme des solutions miracles par les firmes pharmaceutiques.
  3. Recours au glyphosate, cet herbicide chimique perçu comme un "tueur de problèmes" malgré ses risques cancérigènes.

Face aux restrictions d'usage du glyphosate, certains viticulteurs se fournissaient en Espagne, mais les contrôles renforcés ont rendu cette pratique plus difficile. La sécheresse des dernières années a paradoxalement réduit les besoins en herbicides, limitant naturellement la pousse des adventices.

Un avenir incertain entre petites exploitations et industrialisation

Philippe anticipe une polarisation du secteur viticole :

  • D'un côté, des niches réservées à quelques paysans travaillant seuls en bio.
  • De l'autre, une industrialisation croissante avec de grosses exploitations capables d'acquérir le foncier devenu inaccessible aux petits producteurs.

Il prédit des difficultés majeures dans les deux à trois prochaines années, avec l'accumulation des stocks en cave et la pression des grands négociants sur les prix. Seules les structures disposant de réseaux solides et de volumes importants pourraient résister à cette crise.

Une filière viticole face à l'urgence climatique

Les scénarios scientifiques prévoient l'impossibilité de cultiver la vigne en Occitanie d'ici 2100, en raison du réchauffement climatique. D'ores et déjà, la consommation de vin baisse et les surfaces agricoles diminuent. Les acteurs de la filière peinent à s'accorder sur les solutions :

  • Le négociant Gérard Bertrand plaide pour un "plan Marshall" incluant l'irrigation à grande échelle.
  • Le vigneron Olivier Jullien alerte sur le non-sens écologique de l'arrosage intensif et prône plutôt la plantation d'arbres.

Cette divergence illustre les tensions qui traversent une profession confrontée à des défis existentiels, entre adaptation aux nouvelles normes environnementales et survie économique.

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