Un médicament prometteur contre le cancer du pancréas métastasique
Présenté lors du congrès annuel de la société américaine d'oncologie à Chicago, le Daraxonrasib est un nouveau traitement contre le cancer du pancréas métastasique qui donne des résultats prometteurs. Administré sous forme de comprimé une fois par jour, ce médicament permet de doubler l'espérance de vie des malades déjà traités par chimiothérapie par rapport à ceux recevant une seconde chimiothérapie. La survie des premiers atteint 13,2 mois, contre 6,7 mois pour les autres.
« Cela peut sembler peu, mais lorsque l'on se sait condamné, gagner six mois de vie, c'est précieux », estime Julien Edeline, oncologue médical et professeur en cancérologie au Centre Eugène-Marquis de Rennes. Le cancer du pancréas, quatrième plus fréquent en France, est l'un des plus mortels. Depuis des décennies, les chercheurs savaient que plus de 90 % des cancers du pancréas étaient liés à une mutation du gène KRAS, mais ne parvenaient pas à en bloquer l'action. Une étape désormais franchie, et ce n'est probablement qu'un début.
Gagner du temps de vie
La chimiothérapie actuellement donnée aux malades de cancer du pancréas métastasé présente des limites. « Au bout d'environ six mois, le cancer s'adapte au traitement et le patient devient résistant à la chimiothérapie », explique Antoine Hollebecque, oncologue au département innovation thérapeutique de l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif. Jusqu'au développement du Daraxonrasib, il n'y avait pas de traitement de seconde ligne, d'où le très faible taux de survie.
Le nouveau médicament provoque moins d'effets secondaires sévères que la chimiothérapie, même s'il peut entraîner une forte éruption cutanée, des nausées ou des diarrhées. Il contribuerait également à retarder l'apparition de symptômes comme la douleur. « Le traitement ne va pas permettre une guérison, rappelle toutefois Alice Boilève, oncologue digestive à l'Institut Gustave Roussy. Il ne fait que repousser la progression de la maladie et vise à gagner le plus de temps possible, avec la meilleure qualité de vie possible. »
Augmenter de nouveau la durée de survie
« Même avec ce nouveau traitement, une résistance apparaît au bout de 7,3 mois en moyenne car une nouvelle mutation survient », précise le professeur Hollebecque. Pour autant, les chercheurs considèrent ces résultats comme « une première étape » et espèrent prolonger davantage la survie dans les années à venir.
Plusieurs pistes sont explorées. La première consiste à utiliser le Daraxonrasib dès le diagnostic, plutôt qu'après la chimiothérapie. « Un essai en ce sens a débuté aux États-Unis et commencera en France en juillet », indique l'oncologue Alice Boilève. Les résultats, attendus d'ici deux à trois ans, permettront d'évaluer son efficacité en première ligne ou en association avec une chimiothérapie.
Toutefois, en raison de la procédure réglementaire, l'anticancéreux n'est pas encore accessible en France, contrairement aux États-Unis où il faudra tout de même débourser 30 000 dollars par mois. « Nous avons une excellente molécule mais nous ne pouvons pas la prescrire malgré les nombreuses demandes », regrette la docteure Boilève, qui espère une mise sur le marché en 2027.
Une avancée pour d'autres types de cancers
Une autre stratégie repose sur l'association du Daraxonrasib avec d'autres inhibiteurs de KRAS actuellement en développement. « Les essais visant des combinaisons thérapeutiques devraient débuter en France fin 2026 », ajoute l'oncologue de l'Institut Gustave-Roussy. Parallèlement, des équipes cherchent à comprendre les mécanismes de résistance des cellules cancéreuses afin de développer de nouvelles stratégies.
Plus encourageant encore, le traitement pourrait aussi être utilisé pour d'autres types de cancer. « Les premiers essais ont été réalisés sur le cancer du pancréas car 90 % des cas sont liés à une mutation du gène KRAS et les traitements disponibles restaient insuffisants », explique le professeur Hollebecque. Or, des mutations comparables sont observées dans environ 30 % des cancers du poumon et près de 40 % des cancers colorectaux.
L'équipe de Julien Edeline évalue déjà la molécule dans le traitement des cancers des voies biliaires, tandis qu'une autre étude est en cours chez des patients atteints d'un cancer du poumon. « Ce médicament est promis à un grand avenir, résume le professeur Hollebecque. De nombreux essais cliniques vont avoir lieu un peu partout dans le monde au cours de la prochaine décennie. »



