Loi urgence agricole : Sénat approuve retour encadré de deux insecticides interdits
Sénat approuve retour encadré de deux insecticides interdits

Dans le cadre de l'examen de la loi d'urgence agricole, le Sénat a adopté, le 30 juin 2026, un amendement autorisant la réintroduction encadrée de deux insecticides interdits, dont l'acétamipride, un néonicotinoïde. Cette décision vise à répondre aux difficultés des agriculteurs face à certains ravageurs, mais elle suscite une vive controverse parmi les défenseurs de l'environnement.

Un retour conditionné à des dérogations

L'amendement, porté par le sénateur LR Laurent Duplomb, prévoit que l'utilisation de ces substances soit soumise à des autorisations temporaires, valables pour une durée maximale de trois ans, renouvelables une fois. Les agriculteurs devront justifier d'une absence d'alternative efficace et respecter des mesures de protection renforcées, notamment des distances de sécurité par rapport aux zones habitées et aux cours d'eau. Selon le texte, seules les cultures confrontées à des impasses techniques pourront bénéficier de ces dérogations.

L'acétamipride au cœur des débats

L'acétamipride, interdit en France depuis 2018 en raison de sa toxicité pour les abeilles, est particulièrement visé. Le sénateur Duplomb a justifié cette mesure en affirmant que « les agriculteurs sont aujourd'hui dans une impasse face à des ravageurs comme les pucerons ou la cicadelle, et qu'aucune alternative satisfaisante n'existe à court terme ». Cependant, l'ONG Générations Futures a dénoncé une « régression environnementale », rappelant que l'acétamipride est classé comme perturbateur endocrinien suspecté par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA).

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Un vote contesté

Le vote a eu lieu par 212 voix pour et 98 contre, avec le soutien de la majorité sénatoriale de droite et du centre, tandis que les groupes écologiste et socialiste se sont opposés au texte. La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a exprimé son désaccord, déclarant que « cet amendement va à l'encontre des engagements de la France en matière de réduction des pesticides ». Le gouvernement avait pourtant demandé le retrait de l'amendement, mais n'a pas été suivi.

Des conséquences pour la biodiversité

Les opposants soulignent que la réintroduction de ces insecticides pourrait aggraver le déclin des pollinisateurs, déjà fortement impactés. Une étude de l'INRAE publiée en 2025 indique que les populations d'abeilles sauvages ont chuté de 30 % en dix ans en France, en partie à cause des néonicotinoïdes. Le texte prévoit toutefois un suivi scientifique obligatoire et un rapport au Parlement sur les impacts environnementaux, mais les écologistes jugent ces garde-fous insuffisants.

Prochaine étape : l'Assemblée nationale

La loi d'urgence agricole doit maintenant être examinée par l'Assemblée nationale, où le gouvernement pourrait tenter de revenir sur cette disposition. Le député LFI Aurélien Taché a déjà annoncé qu'il déposerait un amendement de suppression. Le vote final est attendu pour la fin juillet 2026.

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