Rémi Dumas : « Au final, c’est toujours l’agriculture qui trinque »
Rémi Dumas : « C’est toujours l’agriculture qui trinque »

Un traité de libre-échange de trop

Malgré l’approbation de l’accord du Mercosur vendredi 9 janvier, la mobilisation des agriculteurs se poursuit dans l’Hérault comme partout en France. Le président des Jeunes agriculteurs de l’Hérault, Rémi Dumas, dresse un état des lieux des raisons de leur colère.

Interrogé sur l’impact du Mercosur, il déclare : « Que ce soit le Mercosur ou les autres traités de libre-échange, ce que l’on conteste est que l’agriculture fasse chaque fois l’objet d’un deal entre les États signataires contre d’autres produits non alimentaires. Au final, c’est toujours l’agriculture qui trinque. » Il souligne que ces traités remettent en cause la souveraineté alimentaire de la France : « Que veut-on pour notre pays ? Une souveraineté alimentaire basée sur des productions agricoles françaises ou qui fait la part belle aux productions importées ? Avec l’approbation du Mercosur, c’est un pas de plus vers la seconde option. »

Il dénonce également une concurrence déloyale : « Nous exportons des produits d’excellence alors que l’on importe beaucoup plus des produits qui ne sont pas dans les normes que l’on nous impose. Il nous est donc impossible d’être compétitifs. »

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Des attentes vis-à-vis du gouvernement

Bien que la France ait voté contre le traité, ce vote n’a pas empêché son approbation, en raison de l’instabilité politique française. Rémi Dumas explique : « Si l’on savait que le vote de la France ne changerait rien, car elle n’a plus aucun poids en Europe à cause de son instabilité politique, dont s’amuse d’ailleurs l’Europe, ce que l’on attend de notre pays, à présent, c’est qu’il aille jusqu’au bout de sa position, en refusant d’exporter les produits qui ne répondent pas aux mêmes normes de production que les nôtres. »

Plusieurs leviers sont envisagés, comme la mise en place de taxes et le soutien à la production française par l’allègement des charges et taxes, afin de proposer des prix abordables aux consommateurs. « C’est pour cela que nous maintenons la pression sur le gouvernement », ajoute-t-il.

Une situation intenable dans toutes les filières

L’appel à la mobilisation du vendredi ne concernait pas seulement le Mercosur. « Dans notre département, comme dans les autres, la situation est devenue intenable pour le monde agricole. Le Mercosur est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », précise Rémi Dumas. Les agriculteurs souffrent d’une rémunération insuffisante, d’une hausse continue des charges, d’une accumulation de contrôles et de contraintes, ainsi que d’une concurrence déloyale au sein de l’Europe.

Il évoque une « polycrise » économique, sociale et climatique touchant toutes les filières. « Ce que l’on demande, c’est de retrouver du revenu sur les exploitations, car ce sera le seul moyen de faire face à l’augmentation des charges – de 20 à 30 % ces cinq dernières années alors que les prix stagnent depuis plus de dix ans –, à celle des normes et à la crise climatique qui impactent nos productions. »

La diversification : une piste limitée

Interrogé sur les alternatives dans l’Hérault, Rémi Dumas est réservé sur la diversification : « On met beaucoup en avant la diversification, c’est une piste intéressante mais pas pour tout le monde, car sans irrigation et sans organisation des filières de l’amont à l’aval, cela ne mène nulle part. Il faut aussi des moyens pour se lancer. La diversification, c’est facile et tentant sur le papier, mais la réalité est tout autre. »

Il insiste sur l’importance de l’irrigation, avec la création de retenues collinaires et la modernisation du réseau BRL (Bas Rhône Languedoc). « On a besoin d’un vrai soutien de nos politiques mais aussi de celui des consommateurs pour pouvoir continuer à produire et faire vivre nos territoires. »

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Le renouvellement des générations en péril

Une autre crise se profile : le renouvellement des générations. D’ici 2030, 26 % des agriculteurs héraultais seront en âge de partir à la retraite. « Bien qu’il y ait encore un engouement des jeunes à s’installer en agriculture et que notre Point information accueil est celui qui accueille le plus de porteurs de projets en France, le renouvellement peinera de plus en plus à se faire, d’autant que le contexte est morose, avec des prix qui ne sont pas au rendez-vous et le changement climatique qui fait que depuis cinq ans nombreux sont ceux à ne pas faire une récolte normale. »

Les freins à l’installation incluent l’accès au foncier, la complexité des démarches et le poids des normes. L’accompagnement financier via la Dotation Jeunes Agriculteurs est insuffisant, tout comme le nouveau service France Service Agriculture, dont le budget est trop limité. « Heureusement, il y a encore chez nous des jeunes qui ont de l’espoir et qui veulent y croire », conclut-il.

Bio express

Rémi Dumas, 35 ans, fils d’agriculteur, s’est installé en 2014 à Saint-Geniès-des-Mourges sur 30 hectares de vignes. Il s’est diversifié en devenant associé d’une exploitation d’élevage de brebis laitières, et son épouse s’est installée en maraîchage. Engagé aux Jeunes agriculteurs de l’Hérault depuis 2013, il a été président de canton, vice-président, secrétaire général, et président depuis 2024. Il passera le relais le 27 mars après treize années d’investissement. Au niveau national, il a été secrétaire général adjoint (2020-2022) et vice-président (2022-2024).