Gérard Bertrand réclame un plan Marshall pour irriguer les vignes d'Occitanie face au changement climatique
Plan Marshall pour l'irrigation des vignes d'Occitanie

Gérard Bertrand en croisade pour un plan Marshall de l'irrigation viticole

Dans le cadre de la série "Vin, l'alerte rouge" du Midi Libre sur l'avenir de la viticulture en Occitanie, le vigneron-négociant audois Gérard Bertrand prend position avec force. Face aux défis posés par le changement climatique, il plaide pour un véritable plan Marshall de l'irrigation dans la région.

55 milliards de mètres cubes gaspillés dans la mer

Gérard Bertrand, qui contribue au rayonnement international du Languedoc, tire la sonnette d'alarme. "Cela fait 10 ans que Météo France a identifié la zone entre Sète et la frontière espagnole comme étant en semi-aridification", rappelle-t-il. Mais selon lui, le problème n'est pas une absence d'eau, mais son utilisation insuffisante.

"55 milliards de mètres cubes du Rhône finissent à la mer. Et on en pompe seulement 200 millions, soit 0,2%", déplore le vigneron. Il propose donc d'étendre significativement les infrastructures de captage et de distribution.

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Un investissement de 500 millions d'euros pour éviter "la misère"

Le projet d'extension d'Aqua Domitia, estimé à 500 millions d'euros, représente selon Bertrand un investissement essentiel pour l'avenir de la région. "On va investir 5 milliards et demi dans le TGV, ce qui est une très bonne nouvelle, mais quand on met cette somme sur la table, je pense que l'on peut consacrer 500 millions dans les infrastructures d'eau", argumente-t-il.

Il met en garde contre les conséquences de l'inaction : "On sait que la population de la région Occitanie va augmenter de 2 à 3% par an pendant les 10 prochaines années. Il faut que cet eldorado devienne un 'eldorad'eau'. Sinon, ce sera la misère."

La vigne face à la hausse des températures

Le changement climatique modifie fondamentalement les conditions de culture. "En période estivale, on est passé de températures autour de 27, 28 degrés à 35 ou 37", constate Bertrand. Or, "la vigne est une plante qui résiste jusqu'à 35 degrés sans eau, pas au-delà".

Il propose donc de développer des solutions complémentaires, notamment des retenues collinaires interconnectées avec les cours d'eau pour pallier les périodes de faible débit du Rhône.

L'irrigation viticole en forte progression

Les chiffres confirment l'évolution rapide des pratiques :

  • Dans le bassin viticole du Languedoc-Roussillon, 37 000 hectares de vignes sont irrigués (20% de la surface totale)
  • Le taux d'irrigation varie selon les départements : 26% dans l'Hérault, 20% dans l'Aude, 35% dans le Gard, 5% dans les Pyrénées-Orientales
  • Dans le Gard, l'irrigation de la vigne a été multipliée par huit depuis 2000

Une enquête de BRL révèle que "traditionnellement la vigne n'est pas une culture irriguée, on constate pourtant depuis les années 2000 une évolution très rapide de l'irrigation de la vigne liée au changement climatique".

Les projets d'extension d'Aqua Domitia

Le réseau Aqua Domitia, financé en grande partie par la Région Occitanie, alimente déjà certaines zones. Des études sont en cours pour activer les maillons 2 et 3 du Minervois, avec une nouvelle station de pompage et un adducteur de transfert depuis l'Orb.

Par ailleurs, la Région et l'État étudient depuis moins d'un an une extension baptisée Aqua Domitia 2, qui prolongerait le réseau dans l'Aude et les Pyrénées-Orientales. Le verdict de cette étude de faisabilité technique, économique et financière est attendu pour l'été 2026.

Un projet international avorté

Historiquement, un projet plus ambitieux envisageait d'acheminer l'eau du Rhône jusqu'en Espagne, avec le soutien des anciens présidents de région Jacques Blanc et Georges Frêche. L'objectif était de convaincre la Generalitat de Catalogne de participer au financement pour amener l'eau jusqu'à Barcelone.

Mais ce projet a finalement été abandonné, la Catalogne ayant préféré investir dans une usine de dessalement d'eau de mer, laissant les Pyrénées-Orientales sans cette solution de secours.

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Gérard Bertrand reste convaincu que sans investissements massifs dans l'irrigation, l'avenir de la viticulture occitane est compromis. Son appel à un plan Marshall de l'eau résonne comme un avertissement urgent pour toute la filière viticole régionale.