Montpellier face à la ruée sur les œufs : les rayons vidés en soixante minutes
Les Montpelliérains connaissent depuis plusieurs semaines une situation pour le moins surprenante dans leurs supermarchés. Les rayons d'œufs se retrouvent régulièrement vides, parfois seulement une heure après leur réapprovisionnement. Ce phénomène, qui touche également de nombreuses autres régions françaises, interroge consommateurs et professionnels.
Une demande qui explose et des rayons qui se vident à toute vitesse
"Chers clients, nous rencontrons actuellement des difficultés d'approvisionnement. Nous faisons notre possible pour résoudre la situation dans les meilleurs délais." Ces messages se sont multipliés ces dernières semaines dans les grandes surfaces de la ville, au-dessus de rayons désespérément vides. Audrey, une mère de famille montpelliéraine, témoigne : "Dimanche dernier, j'ai dû faire le tour de plusieurs magasins pour enfin mettre la main sur une boîte de six œufs. Autant vous dire que dans ces cas-là, on ne choisit ni la qualité ni le prix !"
Les données du Comité National pour la Promotion de l'Œuf sont édifiantes : chaque Français a consommé le nombre record de 237 œufs en 2025, toutes formes confondues, soit une augmentation de 5% en un an. Les projections indiquent même que ce chiffre pourrait atteindre 269 unités par personne d'ici 2035.
Le comportement des consommateurs en question
Une caissière montpelliéraine explique : "Des œufs, on en reçoit régulièrement. Ce qui a changé, c'est la vitesse à laquelle le rayon se vide. Vous faites une mise en rayon et une heure plus tard il n'y a plus rien. Je crois que c'est la peur de manquer qui pousse les clients à se ruer sur ce produit."
Cette analyse est confirmée par une collègue travaillant dans une autre enseigne : "J'ai vu des comportements vraiment choquants. Des gens qui partaient avec des quantités excessives. Certains nous ont dit qu'ils étaient des professionnels et qu'ils ne parvenaient plus à s'approvisionner en direct, d'autres sont des particuliers qui ne jouent pas le jeu."
Les solutions envisagées par la filière
Pour répondre à court terme à cette hausse soudaine de la demande, la filière a déjà pris des mesures, notamment en reculant l'âge de réforme des poules pondeuses. À plus long terme, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a proposé en début d'année l'implantation d'un poulailler supplémentaire par an et par département jusqu'en 2030.
Christophe Trébuchon, éleveur biologique au pied du Pic Saint Loup qui élève plus de 6 000 poules pondeuses en plein air, observe cette situation avec prudence : "La production d'œufs en France a toujours été équilibrée au plus juste, car nous travaillons un produit qui ne se conserve pas longtemps. À la moindre hausse de la demande, le déséquilibre se crée."
Face à l'afflux de demandes, cet éleveur a même dû limiter les ventes à un plateau par personne dans son magasin. "Nos poules sont en pleine forme et produisent des œufs quotidiennement. Cependant, en raison de la trop forte demande, nous avons été obligés de limiter la vente", explique-t-il.
Une tension passagère selon les professionnels
Malgré les apparences, les professionnels de la filière insistent sur le caractère temporaire de cette situation. "Il n'y a pas de pénurie, mais une tension passagère", affirme Christophe Trébuchon. La filière promet que la situation devrait progressivement s'améliorer dans les rayons des supermarchés, même si elle reste vigilante face à cette hausse brutale de la consommation.
Cette ruée sur les œufs à Montpellier illustre plus largement les défis auxquels fait face la filière avicole française, tiraillée entre une demande en forte croissance et la nécessité de maintenir un équilibre production-consommation durable.



