Le ministère de l'Agriculture publie une liste de plus de 120 usages de pesticides pour orienter l'Anses
Le ministère de l'Agriculture a dévoilé une liste de plus de 120 usages de pesticides qui doit orienter le calendrier d'examen des autorisations de mise sur le marché par l'Anses. Cette mesure, publiée samedi au Journal officiel, est vivement contestée par plusieurs organisations non gouvernementales qui y voient une atteinte à l'indépendance de l'agence sanitaire.
Une polémique qui remonte à l'été 2025
La controverse a débuté lors de l'examen de la loi dite Duplomb, qui visait notamment à réintroduire un pesticide néonicotinoïde interdit en France. Cette disposition a finalement été censurée par le Conseil constitutionnel. Initialement, la loi prévoyait la possibilité pour le gouvernement d'imposer des priorités dans les travaux de l'Anses, ce qui avait provoqué de vives protestations de la part d'élus, d'ONG et de scientifiques.
Le directeur de l'Anses avait même menacé de démissionner face à ce qu'il percevait comme une atteinte à l'indépendance de son agence. Les parlementaires avaient finalement retiré ces dispositions controversées du texte de loi.
Un décret contesté publié en juillet
Mais seulement deux jours après l'adoption de la loi, en juillet, le ministère de l'Agriculture a publié un décret indiquant que le directeur général de l'Anses devait tenir compte, dans le calendrier d'examen des demandes d'autorisation de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, d'un arrêté établissant la liste des usages de pesticides.
Ce décret a immédiatement été attaqué par quatre associations qui ont dénoncé un coup de force sans précédent mené contre l'autorité sanitaire française. Selon ces organisations, cette mesure vise à satisfaire les exigences des lobbies de l'industrie agrochimique et agricole.
Une liste exhaustive de nuisibles et maladies
L'arrêté publié samedi établit la liste des usages phytopharmaceutiques ayant pour objet de lutter contre des organismes nuisibles ou des végétaux indésirables affectant de manière significative le potentiel de production agricole et alimentaire. Cette liste recense de nombreux nuisibles comme les mouches et les pucerons, ainsi que des maladies telles que le mildiou et la rouille.
Ces menaces concernent des dizaines de cultures différentes, allant des arbres fruitiers aux légumes, en passant par la vigne, les céréales, les oléagineux et les betteraves sucrières. La liste identifie les situations où les moyens de lutte sont inexistants, insuffisants ou susceptibles de disparaître à brève échéance.
Un travail basé sur les recherches de l'Inrae
Cette liste a été établie à la suite d'un rapport publié en octobre par l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). L'objectif était d'identifier les situations dans lesquelles il n'y aurait pas ou insuffisamment d'alternatives chimiques ou non chimiques aux néonicotinoïdes, interdits en France depuis 2018.
L'Inrae a ensuite rendu un avis sur la liste des usages prioritaires proposée par le ministère et a participé à un comité des solutions dédié à ces sujets, installé fin mars selon le média Contexte. Ce comité vise à trouver des alternatives aux pesticides controversés tout en préservant la production agricole française.
La publication de cette liste marque une nouvelle étape dans le débat complexe entre protection des cultures, sécurité sanitaire et indépendance des agences d'évaluation. Les prochains mois montreront comment l'Anses intégrera ces priorités dans son calendrier d'examen des autorisations de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques.



