Incendie dans l'Aude : la disparition des vignes favorise la propagation des flammes
Depuis son déclenchement, peu après 16 heures ce mardi, le mégafeu des Corbières a parcouru plus de 16 000 hectares de garrigue et de résineux. Selon Anaël Payrou, directeur de la coopérative du Cellier des demoiselles à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, l'arrachage massif des vignes dans l'Aude n'est pas étranger à la multiplication des feux.
« Cet incendie n'est pas exceptionnel par sa taille, mais par sa vitesse de propagation », assure ce mercredi 6 juillet à Midi Libre le climatologue Serge Zaka. Les flammes ont avancé à 5 à 6 km/h, « soit la vitesse d'un être humain qui marche rapidement ». Cette rapidité s'explique avant tout par des conditions météorologiques extrêmes : un vent sec et puissant (tramontane entre 30 et 60 km/h), une humidité très basse autour de 20 %, et des températures exceptionnellement élevées. Mais aussi par « la baisse d'entretien des terres agricoles et des vignes, en friche à cause de la crise viticole, qui a supprimé les barrières naturelles contre la propagation du feu ».
Un pare-feu naturel disparu
Anaël Payrou partage cette analyse : « C'est vrai que l'on peut faire un constat simple, l'Aude est le département qui a le plus arraché et cette année sur l'Aude, il y a énormément d'incendies… » Selon lui, la viticulture a été complètement rasée dans le secteur. « On est un pare-feu naturel, tout le monde le dit et il faut le rappeler aussi », explique le vigneron. « C'est vraiment une énorme catastrophe, on pourrait dire que la viticulture a été complètement rasée sur le secteur. Sur les 300 hectares que nous avons, sur les différentes communes de Saint-Laurent, Tournissan et Coustouge, on aurait à peu près 80 % des vignes qui sont plus ou moins touchées. Nous sommes à quinze jours des vendanges, donc là, on ne peut plus faire grand-chose… »
François Bayrou, en visite à Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse, a également souligné ce lien : « La culture de la vigne recule, ce qui veut dire que les espaces prévus pour stopper l'incendie disparaissent devant des taillis, des broussailles, des garrigues, des pinèdes non entretenues avec des arbres morts qui servent d'accélérateur au feu. Partout où il y avait des vignes le feu a été arrêté, là où les taillis et les broussailles avaient pris la place on a eu un accroissement de la vitesse du feu et de la catastrophe. »
Les viticulteurs en première ligne
Anaël Payrou en appelle à la « solidarité » de « tous les clients ou de tous les consommateurs » : « défendre le vin, et défendre l'agriculture, c'est aussi défendre des villages et c'est aussi défendre une nature. » Un viticulteur, s'adressant au Premier ministre, a déclaré : « On a perdu une bonne partie du vignoble, on a perdu le paysage. Nous sommes les premiers acteurs de la biodiversité. Les écologistes, ce sont les viticulteurs. Sans vigne, ça va être catastrophique. Les Corbières étaient mal. Maintenant, on est à terre. »
Il a également évoqué l'impact sur la vinification, avec des goûts de fumée sur les vignes non assurables. Interrogé sur le délai avant de pouvoir vendanger, François Bayrou a suggéré « deux mois », mais les viticulteurs l'ont repris : « Quinze jours. Cette nuit, des gens vendangeaient déjà. » Le viticulteur a ajouté : « On nous a emmerdés avec le glyphosate, il faut arrêter de nous surcharger de normes. Une vigne qui est travaillée, désherbée, ça fait un coupe-feu impressionnant. »
Vers une réflexion sur l'avenir de la vigne
François Bayrou a poursuivi : « Tout le monde voit ce qui se passe. Le changement climatique se fait sentir et entraîne des événements inédits. Il faut que l'on réfléchisse avec les élus, les professionnels, les parlementaires à ce que demain pourrait être la vigne. Quelles essences, quel type de plantation pour réaliser des 'stops' ? » Selon lui, « c'est ce travail-là dont nous savons à quel point il est crucial même si nos concitoyens ne s'en rendent pas compte. »



