Une saison des écobuages sous haute surveillance dans l'Hérault
La saison des écobuages a débuté mi-octobre dans l'Hérault, mais chaque année, des hectares de végétation partent en fumée à cause de brûlages dirigés mal maîtrisés. Face à ce risque, viticulteurs et agriculteurs sont sensibilisés pour éviter que ces pratiques ne tournent au drame.
Le 10 octobre, entre Saint-Pons-de-Mauchien et Saint-Pargoire, un incendie a détruit cinq hectares de garrigue, nécessitant l'intervention de dizaines de sapeurs-pompiers et de deux Canadair. Le lendemain, un feu s'est déclaré à Azillanet, et le 3 novembre, près de Narbonne, sept hectares sont partis en fumée. Ces trois sinistres sont dus à des écobuages mal maîtrisés.
70 départs de feu en une semaine
Aurélien Manenc, responsable de la cellule technique de brûlages dirigés au Service départemental d'incendie et de secours 34 (Sdis 34), souligne que « la semaine passée, 70 départs de feu, causés en règle générale par des écobuages, ont été relevés dans l'Hérault ». Ces brûlages dirigés sont utilisés par les agriculteurs, notamment les viticulteurs, pour nettoyer la végétation autour de leurs vignes, détruire les végétaux envahissant les fossés et permettre le bon écoulement des eaux. Dans la plaine de Sérignan, les vignerons luttant contre la salinité des terres utilisent même ces écobuages pour repérer les trous ou terriers à boucher avant d'inonder les sols pour les dessaler.
Une réglementation préfectorale stricte
Mal gérés, ces brûlages peuvent mener à la catastrophe, surtout en période de sécheresse. La préfecture n'autorise les écobuages que du 15 octobre au 16 mars, mois d'automne et d'hiver considérés comme les plus secs en termes de précipitations. Dans certaines communes, des mesures de sensibilisation sont mises en place, comme à Sérignan où les vignerons de la cave coopérative ont signé une convention tripartite avec la mairie et les sapeurs-pompiers.
Pierre Calmel, président des Vignerons de Sérignan, explique : « Cela a été mis en place afin d'éviter d'éventuels débordements. Par exemple, si un viticulteur doit effectuer un écobuage, il doit le faire le matin et non l'après-midi afin que, si le feu venait à se propager, les pompiers n'aient pas à intervenir de nuit. Il doit aussi rester sur place et surtout prévenir les pompiers et la mairie quand il allume un feu. Quoi qu'il en soit, nous demandons à nos vignerons d'être très vigilants. »
Les jeunes générations plus attentives
Les nouvelles générations de viticulteurs sont visiblement plus soucieuses de l'environnement qu'auparavant. Pierre Calmel note : « Ils sont effectivement plus soucieux de l'environnement qu'il y a plusieurs années, où on voyait parfois des anciens allumer le feu et partir sans se soucier de ce qu'il pouvait arriver. Ils sont à l'écoute des consignes et très attentifs à ce qu'ils font. » Marc Robert, président de la cave Alma Cersius, qui regroupe 179 vignerons de cinq caves coopératives, confirme : « Nous préconisons aux viticulteurs de prévenir en mairie en cas d'écobuage important. »
Des viticulteurs responsables face au risque
Dans le nord biterrois, où se trouvent des zones boisées, les viticulteurs sont majoritairement sensibilisés. Françoise Ollier-Taillefer, vigneronne dans le Faugérois à Fos, déclare : « À l'époque de nos grands-parents, les gens grattaient l'allumette plus facilement, mais ce n'était pas tout à fait le même climat. Aujourd'hui, les vignerons font beaucoup plus attention. Il en va de la responsabilisation de chacun. »
Sylvie Miquel, maire de Saint-Jean-de-Minervois, commune comportant beaucoup de zones boisées, assure que ses viticulteurs sont particulièrement vigilants : « Vu notre territoire immense, avec de la garrigue et des bois, nous avons une peur panique du feu. Alors, les gens font hyper-attention. Nous avons des viticulteurs qui sont très responsables. Sachant que nous sommes sur des zones Natura 2000 et que, depuis des années, le Parc naturel du Haut Languedoc fait beaucoup de prévention et de pédagogie en matière d'incendie. » Le souvenir des incendies dans l'Aude, qui ont détruit plusieurs exploitations viticoles, reste présent et renforce cette sensibilisation.
Les moyens techniques du Sdis 34
Aurélien Manenc rappelle que la cellule technique de brûlages dirigés du Sdis 34 regroupe la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), la Chambre d'agriculture, les pompiers, le Conseil départemental et l'Office national des forêts (ONF). « L'objectif est de proposer aux gens qui en ont besoin nos moyens techniques. Nous étudions leur demande et hors période estivale, nous les aidons à brûler. Cette demande de brûlage dirigé se fait sur le site de la préfecture. Cela peut provenir de viticulteurs mais aussi d'éleveurs voire de chasseurs. »
Il précise les règles à respecter : « Une personne qui pratique un écobuage doit rester sur place, le vent doit être inférieur à 40 km/h et elle doit nous prévenir systématiquement. Cela permet, en cas de doute sur un incendie, de savoir si nous devons ou pas intervenir. » Il rappelle aussi qu'il est interdit de brûler des végétaux chez soi, quelle que soit la période de l'année.



