Un violent épisode de grêle a frappé le Béarn ce samedi 2 mai, impactant notamment les vignobles de Jurançon. L'association Adelfa 64, qui lutte contre ces orages grâce à un dispositif étalé sur tout le département, se trouve aujourd'hui fragilisée par la hausse des prix des intrants nécessaires à son fonctionnement.
Des dégâts considérables dans les vignes
L'orage, très localisé, a touché plusieurs vignerons de Jurançon sur environ 35 hectares, de Gan à Assat. Thomas Pissondes, président de l'Association des vignerons du jurançon, témoigne : « Certaines parcelles ont été très touchées, il y en a où seulement quelques feuilles ont été hachées et d'autres où les rameaux de vignes ont été déchirés. C'est difficile à estimer, mais on pourrait compter entre 50 et 70 % de pertes. » Lui-même a vu une de ses parcelles impactée par cet épisode.
Une inquiétude grandissante chez les viticulteurs
Pour protéger leurs vignes, ces viticulteurs dépendent entièrement des dispositifs antigrêle de l'Association départementale d'étude contre les fléaux atmosphériques (Adelfa). « Il y a une forte inquiétude de la profession car on subit de plus en plus d'alertes et d'épisodes de grêle, mais il y a de moins en moins de financements et donc de possibilité de se protéger », s'inquiète Thomas Pissondes. Les systèmes de protection individuels, jugés trop onéreux, ne sont pas envisageables : il faudrait compter environ 100 000 euros par hectare. « D'autant plus que l'efficacité des solutions proposées à l'heure actuelle n'est pas prouvée. On ne peut pas se permettre de dépenser une telle somme », ajoute-t-il.
Le fonctionnement des cheminées antigrêle
Pour aider les exploitants, l'Adelfa a installé 52 cheminées dans les Pyrénées-Atlantiques. Le principe : de la vapeur s'échappe jusqu'à l'intérieur des nuages et réduit la taille des grêlons. Les engins gazéifient un mélange d'acétone et d'iodure d'argent, brûlé dans les cheminées, ce qui envoie la vapeur dans l'air. « C'est ce que l'on appelle l'ensemencement des nuages », explique Corinne Nousty, présidente de l'Adelfa 64.
Une hausse des prix qui compromet les actions
Mais depuis cette année, cette arme devient difficile à utiliser en raison de la hausse du cours de l'argent. « Le prix des ingrédients pour mettre au point la solution combustible a considérablement augmenté », déplore Corinne Nousty. En seulement quelques mois, le litre d'iodure d'argent a bondi de 2,70 euros. « Nous disposions d'un budget de 100 000 euros pour déclencher 15 alertes. Aujourd'hui, nous ne pourrions même pas en assurer cinq », regrette-t-elle.
Ces alertes sont basées sur les prévisions de l'observatoire météorologique Keraunos, en contact avec l'Anelfa (équivalent national). Si le risque d'orage est supérieur à 30 %, les agriculteurs équipés déclenchent le dispositif, évitant ainsi des catastrophes.
Un « couloir de grêle » de Pau à Tarbes
Corinne Nousty souligne que les cheminées de l'Adelfa protègent aussi les habitations, les voitures et les bâtiments communaux, sans impact négatif sur l'environnement ou la santé humaine, selon une étude de l'Organisation météorologique mondiale. « Il est compliqué de prévoir un épisode de grêle, on peut identifier une zone mais on ne pourra jamais dire précisément quel champ sera frappé, c'est un phénomène beaucoup trop local », précise Joris Royet, chef de projet à Météorage. Ces secteurs exposés, appelés « couloirs de grêle », se forment selon la topographie et les vents. L'un d'eux a été cartographié le long de l'axe autoroutier entre Pau et Tarbes, jusqu'à Saint-Gaudens.
Face à ses difficultés budgétaires, l'Adelfa a lancé une campagne de dons en ligne sur le site helloasso.com.



