Des furets mobilisés contre l'invasion des lapins dans le Biterrois
En dehors des périodes de chasse, l'utilisation de furets demeure l'une des rares méthodes efficaces pour extraire les lapins de leurs galeries. Cette pratique permet de capturer ces animaux et de les réintroduire loin des zones agricoles, préservant ainsi les récoltes.
Une opération minutieuse dans les plaines viticoles
Ce matin-là, dans les plaines viticoles au sud de Nissan, une dizaine de chasseurs se sont rassemblés au pied d'un talus criblé de terriers. Ils ont équipé les entrées avec des tubes métalliques munis de trappes, destinés à piéger tout lapin tentant de s'échapper. Plus loin, un filet a été déployé autour d'un tas de ceps de vigne.
"Le terrain est sablonneux, idéal pour les terriers, observe Serge Pago, membre de la société de chasse locale. Là-dessous, vous avez peut-être plus de 100 mètres de galeries… Un vrai labyrinthe !"
À ses côtés, Gérard Roussouly sort Momo de sa cage. Ce furet, d'apparence modeste avec son pelage noir et son poids d'à peine un kilo, joue un rôle crucial. "Il va parcourir les galeries, poursuivre les lapins, et les forcer à sortir", explique son maître. Après une petite tape d'encouragement, Momo disparaît sous terre, suivi de six autres furets aux dents pointues. Les chasseurs, répartis en silence, attendent patiemment.
Une prolifération alarmante et ses conséquences
Cette scène se répète deux à trois fois par semaine à Nissan et dans les villages environnants. "Rien que sur notre territoire, nous avons récupéré 300 lapins en deux mois et demi", souligne Serge Pago. Un chiffre impressionnant, mais insuffisant pour endiguer la prolifération du lapin de garenne, qui s'étend désormais au Biterrois après avoir touché l'Est de l'Hérault.
Gérard Roussouly, également éleveur de chevaux et agriculteur, témoigne des dégâts : "Sur 15 hectares de terrain, j'en ai 5 qui sont mangés par le lapin". Les producteurs ne sont pas les seuls affectés ; les infrastructures subissent aussi les assauts de ces rongeurs. "À Nissan, le talus de la voie de chemin de fer a été protégé avec du béton… Il n'a même pas eu le temps de sécher, les lapins avaient déjà creusé leurs trous !"
Les mesures des autorités et les défis des fureteurs
Face à cette situation, la préfecture, qui avait déjà prolongé la saison de chasse d'un mois jusqu'à fin février dans le cadre d'un plan d'action lancé en 2024, a autorisé les tirs des louvetiers sur plusieurs communes, dont Capestang, Lespignan, et Nissan. La capture des lapins est quant à elle permise jusqu'en juin.
Cela garantit du travail pour les fureteurs, mais ils sont peu nombreux. "À Nissan, par exemple, ils ne sont que deux", note Gérard Roussouly. Il souligne les exigences de cette activité : "D'abord, il faut des furets, les nourrir, former les jeunes en les mettant avec un ancien pour leur première sortie". Le choix entre une femelle, plus agile dans les galeries étroites, et un mâle, plus robuste, est également crucial.
Une fois sous terre, le furet agit librement, ce qui peut poser problème. "Certains furets restent dans les galeries plusieurs jours. D'autres saignent les lapins, ce qui n'est pas le but", déplore Gérard Roussouly.
Les conditions de réussite et les résultats
Pour optimiser cette lutte, la préfecture rappelle l'importance de l'entretien des terrains par les propriétaires. "C'est très important, insiste Gérard Roussouly. Sous les ronces, inaccessibles, vous pouvez avoir des débouchés de galeries que l'on ne peut pas équiper avec des tubes, et le lapin s'échappe". Les sols trop humides compliquent également la progression des furets, réduisant leur efficacité.
Après une heure d'attente, Momo refait surface, avec du poil de lapin sur ses pattes, preuve de son travail. Une petite femelle s'est coincée dans un tube, et une demi-douzaine de lapins a déjà été capturée. "Il y a peut-être trop de monde ce matin autour des pièges, lâche le fureteur. On va rester un peu plus longtemps en espérant un gros mâle… Ce sont souvent les plus coriaces, et les derniers à sortir des terriers."
Le devenir des lapins capturés et les perspectives
Les lapins capturés lors de ces opérations sont soit relâchés dans des pinèdes éloignées des cultures, soit transportés dans l'Aude voisine, où certains chasseurs manquent de gibier. "On ne fait pas n'importe quoi car il faut une autorisation de la préfecture, assure Gérard Roussouly. Même pour des lâchers au sein de la même commune, on nous a demandé de géolocaliser ces nouvelles garennes pour voir leur distance par rapport aux cultures."
Augmenter les prélèvements pendant la saison de chasse pourrait aussi réduire les dégâts, mais un chasseur explique les limites : "On ne chasse plus que pour nous, car l'époque où l'on pouvait offrir un lapin à son voisin est bien finie. Les gens ne savent plus les vider, encore moins les dépiauter… Ils ne sauraient pas quoi en faire."
Une tradition ancrée dans la région
À Nissan, on compte 150 permis de chasse. Si certains préfèrent le faisan ou le lièvre, tous chassent le lapin. "Avec quatre mois, c'est la saison la plus longue, explique Serge Pago. C'est la base de la chasse en France." Dans les plaines héraultaises, cette activité est particulièrement prisée des viticulteurs, qui parcourent leurs vignes fusil à la main après les vendanges.



