Une ferme urbaine de micropousses s'installe dans un garage à Draguignan
Ferme de micropousses dans un garage à Draguignan

Une ferme insolite au cœur de Draguignan

Une exploitation agricole peu conventionnelle a vu le jour à la mi-mars dans le centre-ville de Draguignan. Installée dans un garage de 220 m² situé boulevard Joseph Bernard à Trans-en-Provence, cette ferme urbaine se consacre exclusivement à la culture de micropousses. Loin des champs traditionnels, on n'y trouve ni poules, ni paille, ni fenêtres, mais des centaines de milliers de graines en germination.

Sept variétés pour les professionnels

Romain, fondateur et manager de l'entreprise Quête de saveurs et fraîcheur, et son équipe cultivent toute l'année sept variétés de micropousses : brocoli, pois vert, tournesol, radis, betterave, moutarde et coriandre. Ces jeunes pousses sont destinées aux restaurateurs de la région, avec des livraisons effectuées quelques heures seulement après la récolte.

« Nous commençons tout juste notre activité, cela fait une quinzaine de jours que nous nous sommes officiellement lancés », explique Romain. « Pour l'heure, nous travaillons avec La Grange à Lorgues et Chez nous à Roquebrune-sur-Argens. Mais nous sommes dimensionnés pour fournir bien plus de professionnels. »

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Une technologie qui défie la nature

L'entreprise dispose de trois chambres de culture d'une vingtaine de mètres carrés chacune, permettant de semer jusqu'à 380 plateaux de germination simultanément. Le secret de cette production annuelle réside dans un contrôle total de l'environnement.

Les graines poussent dans des conditions optimales grâce à des systèmes sophistiqués de filtration de l'air et de l'eau. La nuit, elles bénéficient de 16 heures continues d'éclairage artificiel diffusant 400 watts par étagère. L'eau est purifiée par trois filtres successifs (papier, charbon et UV) et maintenue à une température de 25-26°C avec un taux d'humidité de 50 à 60%.

« La filtration de l'air, c'est surtout pour éviter l'intrusion d'insectes et autres particules », précise Romain. « Ce n'est pas irréprochable, mais on fait le maximum pour être clean et tout maîtriser. »

Un parcours atypique

Ancien chasseur alpin pendant 15 ans puis instructeur de tir aux écoles militaires de Draguignan, Romain a effectué des études de commerce avant de reprendre un restaurant à Saint-Raphaël avec son épouse. C'est cette expérience dans la restauration qui l'a naturellement conduit vers les micropousses.

« Je voulais faire autre chose pour notamment me libérer du temps pour mes enfants », confie-t-il. « Cette idée de culture est arrivée en discutant, naturellement. Ce qui m'a séduit ? Travailler avec du vivant et les bénéfices des graines germées sur la santé. »

Des propriétés nutritionnelles exceptionnelles

Les micropousses présentent une densité nutritionnelle remarquable. Concentrées en vitamines, sels minéraux, antioxydants et protéines, elles offrent des avantages santé significatifs lorsqu'elles sont consommées crues.

« Par exemple, une portion de 30 g de micropousses de brocoli peut offrir l'équivalent nutritionnel d'environ 1,2 kg de brocoli mature », explique Romain, qui s'est formé auprès de Dimitri Vauzelle pour maîtriser cette technique encore peu répandue en France.

Un processus de culture rigoureux

La production suit un protocole précis :

  1. Deux litres de terreau sont tassés dans chaque plateau
  2. Les graines sont éparpillées en surface (certaines trempent 7 heures au préalable)
  3. Un poids est positionné pour fortifier les plants pendant 4-5 jours en salle de germination
  4. Après retrait du poids, les pousses continuent leur croissance pendant deux jours
  5. Transfert en salle lumineuse avant récolte au couteau

Les temps de maturation varient selon les espèces : 8 jours pour le tournesol contre 17 jours pour la coriandre. Après récolte, les résidus de terre et racines sont compostés chez un agriculteur voisin, garantissant un processus zéro déchet.

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Une activité à la frontière de plusieurs secteurs

Bien que Romain soit considéré comme agriculteur et cotise à la Mutualité sociale agricole, son entreprise flirte avec l'agroalimentaire. « Notre activité étant particulière, nous avons dû suivre une formation d'hygiène en restauration », note-t-il, familiarisé avec les exigences sanitaires grâce à son passé de restaurateur.

Si les graines utilisées sont biologiques et importées d'Italie, les micropousses vendues ne portent pas le label bio. « Déjà parce qu'on fait une culture hors sol. Et pour obtenir le label, il faut les faire germer sur des substrats neutres », justifie Romain, qui a opté pour le terreau pour des questions de rendement.

Avec moins de 500 producteurs en France et une dizaine sur la Côte d'Azur, cette forme d'agriculture urbaine représente une niche prometteuse. L'entreprise envisage déjà d'élargir sa gamme de variétés et de prospecter de nouveaux clients, peut-être auprès des Associations pour le maintien de l'agriculture paysanne (Amap). Pour l'instant, comme le dit si bien Romain : « Silence, ça pousse... »