Des chefs étoilés en première ligne pour une agriculture souveraine
Ludovic Aventin, co-auteur de la tribune, et le chef Franck Putelat figurent parmi les premiers signataires. Midi Libre - Didier THOMAS RADUX
Publié le 19/05/2026 à 06:05 par Didier Thomas-Radux
Cinquante chefs étoilés viennent de signer une tribune interpellant les élus et les pouvoirs publics sur les dangers d'une agriculture exclusivement intensive et les menaces pour la souveraineté alimentaire. De nombreux cuisiniers régionaux font partie de ce mouvement.
« La compétitivité produit des volumes sans âmes, l’agriculture durable crée de véritables richesses ». C’est sous cet intitulé qu’est paru dimanche, sur le site du quotidien Le Monde, l’appel d’une cinquantaine de chefs cuisiniers réputés (dont nombre de deux et trois étoiles) pour privilégier un modèle agricole favorisant une production durable. L'objectif est d'interpeller la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, qui, au nom de la compétitivité internationale, s'aligne sur les positions de la FNSEA prônant un modèle intensif, mais aussi les élus. Les députés, en particulier, doivent discuter aujourd’hui en séance publique la loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles.
L’impasse des mégafermes
« Vendre du blé au bout du monde ou du poulet subventionné en Afrique pour d’un autre côté en importer de Pologne afin de favoriser la balance commerciale, c’est une chose. Mais il faut aussi penser local et défendre les producteurs indépendants qui font le maillage du terroir », explique Jacques Marcon, qui considère que sans petites et moyennes fermes, sans bons produits, c’est la gastronomie française qui serait menacée. « Et en augmentant la taille des exploitations pour en faire des giga-fermes, on augmente en fait leur vulnérabilité vers des marchés fragiles et c’est une course sans fin à l’investissement ». Le chef triple étoilé de Haute-Loire est le coauteur du texte avec le biterrois Ludovic Aventin, créateur du système de financement participatif des vignobles Terra Hominis, et ardent défenseur d’un principe de souveraineté alimentaire.
Des propositions pour garantir la souveraineté alimentaire
Ne se contentant pas de dénoncer le productivisme poussé à l’excès, ils proposent deux mesures pour aider les petits exploitants et protéger les terres agricoles, sujettes à convoitise. « Nous proposons un système de Girardin agricole qui, en échange d’un crédit d’impôts, permettrait de financer des investissements dans les exploitations à taille humaine, que ce soit pour moderniser des laboratoires de transformation ou des outils de vente directe. Et surtout la création d’un fonds foncier national, abondé par une petite partie des PER. La transmission des terres est un vrai sujet dans l’Hexagone, avec une population agricole vieillissante », détaille Ludovic Aventin en rappelant que les terres françaises sont parmi les moins chères d’Europe : en moyenne 6 000 euros l’hectare, contre 12 000 euros en Pologne. Et qu’elles attisent les convoitises des géants de l’agroalimentaire et même de la finance.
Ludovic Aventin, co-auteur de la Tribune, et le chef Franck Putelat, parmi les premiers signataires. Midi Libre - Didier THOMAS RADUX
« Avec ce mécanisme, on permet l’installation de jeunes agriculteurs en leur mettant à disposition des terres fertiles, et on recrée du lien entre les citoyens et les agriculteurs ». C’est pour cette raison que Sébastien Bras à Laguiole, Philippe Etchebest à Bordeaux, Michel Kayser à Garons et bien d’autres ont signé cette tribune. Sont également signataires en région : Cyril Attrazic à Peyre en Aubrac, Nicole Fagegaltier à Belcastel, Gilles Goujon à Fontjoncouse, Lionel Giraud à Narbonne, Jacques et Laurent Pourcel à Montpellier. Franck Putelat a fait partie des premiers signataires : « Le produit, c’est la base du travail d’un cuisinier. C’est un long travail de sourcing de trouver les bons partenaires. En vingt ans dans mon restaurant, j’ai déjà eu des producteurs qui sont partis à la retraite sans être remplacés ou dont les enfants n’ont pu reprendre. C’est donc vital de permettre à cette armée des ombres de continuer », conclut le chef double étoilé de Carcassonne.



