Le cadmium, une contamination durable des sols agricoles sans solution de dépollution viable
Cadmium : contamination durable des sols agricoles sans solution

Le cadmium, une menace persistante pour les sols agricoles français

Le cadmium, ce métal lourd présent à la fois dans les engrais et naturellement dans les sols, représente une contamination durable des terres agricoles sans solution de dépollution viable à grande échelle. Selon des chercheurs et industriels, cette substance toxique se retrouve dans de nombreux aliments via la pollution des sols, un phénomène particulièrement difficile à inverser.

L'alimentation, première source d'exposition en France

Dans un rapport publié en mars, l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) confirme que l'alimentation constitue en France la principale source d'exposition au cadmium. Ce métal est reconnu comme toxique pour la reproduction et cancérogène en cas d'exposition prolongée. L'agence préconise donc de diminuer la teneur en cadmium des engrais minéraux phosphatés et d'agir pour « réduire durablement la contamination des sols ».

Thibault Sterckeman, chercheur à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), précise que « aujourd'hui, la quantité de cadmium qui entre dans les sols provient pour 50 à 70 % des engrais phosphatés ». Cependant, ces flux entrants – entre 0,5 et 1 gramme par hectare par an – ne représentent que 0,1 % du stock total de cadmium dans le sol.

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Le chercheur explique cette disproportion : « Car l'essentiel du cadmium présent est ancien : essentiellement dû à la nature du sol, à une pollution atmosphérique liée à l'activité industrielle (mines, fonderies, etc.), par exemple autour du bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, et aux engrais phosphatés apportés au XXe siècle ».

Les limites techniques de la dépollution

Rémi Muth, directeur technique de la branche dépollution de Séché Environnement, reconnaît que « on a beaucoup de technologies pour dépolluer les sols » des métaux lourds comme le cadmium. Cependant, ces méthodes ne sont pas adaptées aux sols agricoles pour plusieurs raisons :

  • Elles mobilisent souvent des moyens lourds
  • Les durées de traitement sont peu compatibles avec une exploitation agricole
  • Le traitement peut fragiliser ou tuer la matière organique du sol

Quant à la dépollution par les plantes, Thibault Sterckeman observe qu'elle est « encore au stade expérimental » et conclut sans ambiguïté : « La décontamination des sols agricoles en France n'est pas pour demain ».

La recherche de solutions alternatives

Une étude de 2013 de l'Ademe et de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) avait déjà exploré les phytotechnologies appliquées aux sites et sols pollués. Ce rapport identifiait deux types de plantes potentielles :

  1. Les plantes « hyperaccumulatrices » de polluants, qui stockent beaucoup dans leur partie aérienne
  2. Les plantes « accumulatrices » à « forte biomasse », qui compensent une concentration moyenne par une croissance rapide

L'étude soulignait la nécessité de privilégier des espèces locales « à cycle court ou pérenne » pour permettre plusieurs récoltes dans l'année, ainsi que des plantes « non attractives » pour éviter que des herbivores ne réintroduisent la pollution dans la chaîne alimentaire.

Plusieurs recherches évoquent une plante crucifère sauvage (Noccaea caerulescens) qui présente une forte capacité d'accumulation du cadmium. Mais selon Thibault Sterckeman, elle « ne permettrait pas de dépolluer assez vite car elle produit peu de matière sèche ». De plus, « on ne dispose pas des moyens pour traiter une énorme quantité de matière sèche contaminée ».

Les pistes prioritaires pour limiter l'exposition

Face à cette impasse technique, l'Inrae préconise plusieurs approches :

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  • Limiter l'usage des engrais de synthèse, déjà réduit de 70 % depuis les années 1980
  • Introduire dans les rotations de cultures des plantes fixatrices d'azote ou de phosphore (légumineuses, lupin blanc, sarrasin...)
  • Développer des variétés de plantes qui accumulent moins de cadmium

Cette dernière piste apparaît particulièrement prometteuse. L'Inrae évoque notamment des recherches canadiennes ayant identifié un gène qui « favorise la rétention du cadmium dans les racines » du blé dur, donnant in fine des graines contenant « 2 à 3 fois moins » de cadmium qu'une autre variété.

La contamination des sols agricoles par le cadmium représente donc un défi complexe qui nécessite une approche multifacette, combinant réduction des sources de pollution, adaptation des pratiques agricoles et développement de variétés végétales moins sensibles à cette contamination persistante.