Plus de 200 personnes, élus et citoyens, se sont rassemblés dans la salle du conseil municipal de Bar-sur-Loup pour exprimer leur opposition au projet d'usine de production de béton à base de mâchefers porté par la société Mat'ild, filiale d'Eurovia (groupe Vinci). La maire Delphine Carosi a présenté une motion argumentée contre cette installation, lors du conseil municipal du mercredi 26 juin.
Un projet déjà refusé en 2023
Delphine Carosi a rappelé le contexte juridique : « Après une première mobilisation politique et citoyenne en 2023, le préfet des Alpes-Maritimes a refusé le 27 septembre 2023 à la société Mat'ild l'autorisation environnementale à son implantation. Un recours en annulation a été formulé auprès du tribunal administratif de Nice par le demandeur. Le 3 juin dernier, le tribunal administratif a annulé l'arrêté préfectoral en date de septembre 2023. La commune fait appel de ce jugement. »
Un béton alternatif controversé
Benoit Cuny, premier adjoint au maire, a détaillé le projet : « Le béton qui devrait sortir de chez Mat'ild se dit alternatif et inclut 50 % de mâchefers issus du département et d'une partie du Var, et surtout issus des déchets des résidus de combustion. » Il a souligné les besoins en eau : « Ils auront besoin de 17 000 m3 d'eau annuels pour arroser les mâchefers. » La maturation des mâchefers, qui dure de 3 à 6 mois, génère un phénomène de lixiviation. Les eaux toxiques seraient stockées dans des mégas bassines, suscitant des inquiétudes : « Que se passera-t-il quand les bassines vont déborder par les pluies ? Et leur étanchéité ? Quel est le risque pour l'alimentation en eau potable ? »
Une motion fondée sur cinq risques
La motion présentée par Delphine Carosi s'appuie sur cinq éléments probants : risques pour les ressources en eau (le site repose sur un terrain karstique), la qualité de l'air et des poussières, l'impact sur la biodiversité, le trafic routier et la sécurité, et l'enjeu territorial. La maire a déclaré : « J'userai de toutes les voies du droit pour faire opposition... c'est une injustice territoriale ! Aujourd'hui, nous n'avons reçu aucun courrier de la société Mat'ild. »
Un front uni des maires alentour
Les maires de Grasse, Le Rouret, Roquefort-les-Pins, Opio, Courmes, Gourdon, Valbonne, Cipières, Gréolières et Saint-Vallier-de-Thiey étaient présents aux côtés de Delphine Carosi. Ils ont signifié leur soutien par courrier aux parlementaires Éric Pauget et Alexandra Borchio Fontimp, ainsi qu'aux maires d'Antibes et de Villeneuve-Loubet. Gérald Lombardo, maire du Rouret, a appelé à la solidarité financière des communes voisines « pour démanteler le projet auprès des tribunaux ». Jérôme Viaud, maire de Grasse, a ajouté : « Je veux dire combien nous sommes choqués, l'union fera la force. »



