Un plan de relance pour la viticulture girondine
La Chambre d'agriculture de Gironde dévoile un rapport exhaustif intitulé « Viticulture Cap 2030. 35 propositions pour l'avenir de la filière viticole en Gironde ». Ce document de 94 pages, le plus complet publié depuis longtemps sur ce secteur en crise profonde, synthétise les enjeux avec franchise et précision.
Deux priorités : productivité et diversification
Le rapport identifie deux chantiers majeurs : augmenter les rendements d'un vignoble fatigué et sortir du dogme du « tout-AOC ». Les rendements moyens, qui atteignaient 58 hectolitres par hectare au début des années 2000, oscillent désormais entre 35 et 40 hl/ha. « C'est dû notamment au vieillissement des vignes », explique Laurent Bernos, directeur du pôle viticulture-œnologie de la CA 33.
Depuis la crise de 2005-2006, les vignerons ont réduit leurs investissements pour remplacer les pieds manquants et fertiliser les sols. Cette érosion progressive, aggravée par des accidents climatiques répétés (gel, grêle, mildiou, sécheresse), compromet l'équilibre économique des exploitations.
Relancer la productivité par l'agronomie
Le rapport préconise :
- Une relance de la fertilisation
- Une augmentation du nombre de bourgeons laissés à la taille
- Une meilleure gestion des parcelles enherbées
Jean-Samuel Eynard, vigneron en côtes de bourg et président de la CA 33, insiste sur le terme « productivité » : « Sans récoltes sécurisées et économiquement viables, rien n'est possible. C'est la base pour relancer la machine. »
Le document met également en avant le surgreffage, technique permettant d'implanter une nouvelle variété sur un pied existant. Cette méthode, bien que coûteuse et exigeante, permet une récolte dans les deux ans, contre plusieurs années pour un arrachage-replantation. « On pourrait le financer grâce aux aides de la PAC », suggère le président.
Repenser la production : au-delà du « tout-AOC »
Sur la question des marchés, le rapport est sans équivoque : « Les contraintes du 'tout-AOC' ne sont plus adaptées à un marché structurellement en baisse ». Actuellement, seulement 5% des surfaces sont consacrées aux Vins de France et aux IGP, catégories offrant plus de flexibilité et des coûts de production réduits.
Le document note que certains producteurs ont déjà quitté l'AOC, jugée trop contraignante par rapport aux bénéfices commerciaux de la marque « Bordeaux ». Laurent Fidèle, délégué territorial de l'Inao, propose deux voies :
- Développer une offre IGP départementale
- Assouplir les règles de l'AOC, au risque d'affaiblir sa promesse
Ce choix se heurte à une réalité financière : les instances de la filière sont financées par les cotisations des producteurs d'AOC, limitant leur intérêt pour le développement d'autres productions.
Le rapport souligne enfin que le prix du tonneau en AOC Bordeaux rouge n'a pas suivi l'inflation de 40% depuis 2005, tandis que la France reçoit 270 millions d'euros annuels de Bruxelles pour soutenir le secteur.



