Printemps Théâtral à Paris : Notre Sélection de Spectacles à Ne Pas Manquer
Printemps Théâtral à Paris : Notre Sélection de Spectacles

Printemps Théâtral à Paris : Notre Sélection de Spectacles à Ne Pas Manquer

Moderne ou classique ? Dramatique ou comique ? Les scènes parisiennes offrent en ce début de printemps une diversité remarquable. Le Point a visionné et évalué onze spectacles actuellement à l'affiche en avril. Voici nos recommandations pour guider vos choix culturels.

Psicofonia ★★★★

Faustine Noguès confirme son statut d'autrice à suivre avec attention. Depuis sa première pièce Surprise Parti en 2020, qui explorait le populisme politique, elle a créé sept œuvres remarquables, malheureusement trop peu diffusées. En 2024, Les Essentielles nous plongeait dans un abattoir après un accident du travail, dénonçant la brutalité en entreprise. Avec Psicofonia, elle nous entraîne aujourd'hui dans un voyage poétique en Espagne.

Seule en scène, Faustine Noguès raconte l'histoire de sa famille de manière originale, en sondant les secrets d'une pierre rapportée d'Espagne. Sur les traces de ses grands-parents fuyant la dictature franquiste en Estrémadure, elle livre une confession intime qui interroge la mémoire héritée. Grâce à une mise en scène audacieuse, les spectateurs, équipés de casques audio, entendent des voix fantômes dissimulées dans le silence, portant des récits édifiants. Une approche innovante pour explorer les angles morts de l'histoire.

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Au théâtre de la Cité internationale, Paris XIVe, jusqu'au 13 avril.

L'Ordre du jour ★★★★★

Un immense miroir reflète la salle avant l'obscurité, symbolisant notre implication dans les événements. Jean Bellorini adapte magistralement le roman d'Éric Vuillard sur les prémices de la Seconde Guerre mondiale, soulignant nos renoncements et lâchetés. Quatre comédiens extraordinaires incarnent ce texte dense, soutenus par des costumes et une scénographie inventifs : masques difformes, roulements de tambour, images d'archives. Le miroir opère des changements de perspective, suggérant la force aveugle de la foule. Un moment théâtral d'une intelligence folle, dont on met longtemps à se remettre.

Au théâtre du Vieux Colombier, Paris VIe, jusqu'au 3 mai.

La bande originale de nos vies ★★★

Cinq femmes de générations différentes démontrent le pouvoir évocateur de la musique, réveillant des souvenirs enfouis. En écoutant des tubes connus, elles partagent des histoires universelles et bouleversantes. Conçu par Eugénie Ravon et Kevin Keiss, ce spectacle explore la mémoire collective à travers des confidences et adresses au public, dans une ambiance de studio d'enregistrement. Un spectacle inclassable, entre théâtre et récital, plein d'humour et d'émotion.

Au théâtre de la Concorde, Paris VIIIe, jusqu'au 16 avril.

L'Apocalypse d'Adam et Aimé ★★★

Adama Diop, Dramane Dembélé et Jessica Martin-Maresco, vêtus de blanc, offrent un monologue dystopique où Adam, dernier homme sur terre, s'adresse à son enfant Aimée. Évoquant les folies de notre siècle et citant Aimé Césaire, le spectacle est une ode à la poésie dans un monde obsédé par les chiffres. Une fable poétique qui, malgré son ton apocalyptique, exprime une confiance en la femme et la beauté, avec des parties en wolof pour un retour aux racines africaines.

Au théâtre du Rond-Point, Paris VIIIe, jusqu'au 18 avril.

Bovary Madame ★

Christophe Honoré tente une déconstruction burlesque de Madame Bovary, mêlant cirque et scènes gores. Malgré un pari audacieux, le spectacle souffre d'une débauche brouillonne de moyens techniques et d'un désapage généralisé, rendant l'ensemble attendu et ennuyeux. Les comédiens, au talent indéniable, peinent à faire passer leurs tirades dans ce gloubi-boulga. Une adaptation qui appauvrit le texte original de Flaubert, manquant de l'audace qui caractérisait l'auteur.

Au théâtre de la Ville, Paris IVe, jusqu'au 16 avril.

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Le Cid ★★★★

Denis Podalydès propose un Cid sobre et magnifique, avec Benjamin Lavernhe et Suliane Brahim dans les rôles principaux, et des costumes de Christian Lacroix. La mise en scène simple laisse place à la langue puissante de Corneille. Quelques audaces, comme Rodrigue déclamant sa tirade sur un cheval suspendu, vivifient le spectacle. Un peu plus de folie aurait rendu cette version inoubliable, mais elle reste magistralement jouée.

Au théâtre de la Porte Saint-Martin, Paris Xe, jusqu'au 17 mai.

Hamlet (te) ★★★★

Clémence Coullon revisite Hamlet avec une touche féminine audacieuse, réservant une surprise majeure à la fin de l'acte III. Sans divulgâcher, cette adaptation dynamite le classique de Shakespeare, offrant un prisme nouveau et tenant le public en haleine. Une troupe survoltée et une mise en scène énergique font de ce spectacle un moment captivant, salué par un documentaire de Valérie Donzelli en 2024.

Au Théâtre Treize, Paris XIIIe, jusqu'au 17 avril.

Les héros ne dorment jamais ★

Edith Proust traite l'idéal chevaleresque sur un mode absurde avec des clowns en armure. Si l'idée est poétique, le spectacle perd rapidement son fil, mélangeant trop de registres et enchaînant des saynètes sans lien. Malgré des moments drôles, l'ensemble devient ennuyeux, gâchant le potentiel de cette vision originale.

Au théâtre du Petit Saint Martin, Paris Xe, jusqu'au 10 mai.

Entre parenthèses ★★★★

Pauline Bureau adapte La Petite Fille sur la banquise d'Adélaïde Bon, retraçant le cold case d'Alma, agressée à 9 ans. La scénographie d'Emmanuelle Roy est une prouesse, transformant l'espace scénique en géographie mentale du trauma. Malgré quelques longueurs, le spectacle est un théâtre nécessaire et frontal, nommant le crime sans euphémisme. Une claque dont on ne sort pas indemne.

Au théâtre de La Colline, Paris XXe, jusqu'au 19 avril.

En attendant Godot ★★★★★

Jacques Osinski met en scène la pièce mythique de Samuel Beckett avec Denis Lavant et Jacques Bonnaffé dans les rôles d'Estragon et Vladimir. Une expérience fabuleuse où le génie de Beckett est servi par des acteurs subtils et une direction nuancée. La pièce déclenche rires, étonnement et réflexion sur la condition humaine, dans un silence de salle suspendu aux moindres détails. Un spectacle époustouflant.

Au théâtre de l'Atelier, Paris XVIIIe, jusqu'au 3 mai.

Ici sont les dragons de l'Histoire ★★★★

Ariane Mnouchkine et Hélène Cixous poursuivent leur saga sur les ravages du XXe siècle avec ce deuxième volet, couvrant 1918-1933 et l'installation des totalitarismes. D'une durée de plus de trois heures, le spectacle frappe par son ampleur, sa rigueur et son sens de la cérémonie théâtrale. Un art collectif précis et des métamorphoses de décor fluides font résonner l'entre-deux-guerres avec notre présent, dans ce qui pourrait être un dernier grand rendez-vous de deux femmes dédiées au théâtre.

Au théâtre du Soleil, Paris XIIe, jusqu'au 31 mai.