La 80e édition du Festival d'Avignon a été marquée par une création puissante et déchirante : « Uma Luz Cordial » de Carolina Bianchi, présentée à la FabricA. Cette artiste brésilienne, déjà remarquée pour son travail sur la mémoire et le trauma, livre ici une performance qui mêle théâtre, danse et vidéo pour explorer le besoin d'écriture comme acte de survie.
Un cri d'urgence poétique
Le spectacle s'ouvre sur une scène nue, éclairée par une lumière crue. Carolina Bianchi, seule face au public, commence à écrire frénétiquement sur les murs de la salle. Les mots s'accumulent, se superposent, formant une fresque intime et politique. « J'écris parce que je ne peux pas faire autrement », confie-t-elle dans un souffle. Cette urgence d'écrire est le fil conducteur de la pièce, qui puise dans l'histoire personnelle de l'artiste et dans les récits de femmes victimes de violences.
La mémoire des corps
Carolina Bianchi n'est pas seule sur scène longtemps. Bientôt, d'autres interprètes la rejoignent, leurs corps portant les stigmates d'histoires tues. La chorégraphie, à la fois brutale et délicate, évoque la résistance et la résilience. « Le corps est une archive vivante », explique la metteuse en scène dans une note d'intention. La pièce intègre des témoignages réels, recueillis au Brésil, qui résonnent avec une actualité mondiale : violences conjugales, féminicides, violences policières.
Une esthétique de la rupture
La scénographie de « Uma Luz Cordial » joue sur les contrastes. Des projections vidéo fragmentent l'espace, tandis que des éclats de musique électronique viennent ponctuer les silences. Le titre, qui signifie « une lumière cordiale » en portugais, est une ironie douce-amère : la lumière qui éclaire les horreurs du passé peut-elle être bienveillante ? La pièce dure 1h30 sans entracte, plongeant le spectateur dans une expérience sensorielle intense.
Un accueil critique et public enthousiaste
La presse française a salué l'audace de Carolina Bianchi. Pour Les Inrockuptibles, il s'agit d'« un choc esthétique et politique ». Le public, nombreux, a réservé une standing ovation à la troupe. Certains spectateurs, interrogés à la sortie, ont confié avoir été « bouleversés » par la force du propos. La pièce a été jouée du 7 au 10 juillet 2026 à la FabricA, dans le cadre du Festival d'Avignon.
Carolina Bianchi : une voix qui compte
Née à São Paulo en 1990, Carolina Bianchi s'est imposée sur la scène internationale avec des œuvres comme « A Noite dos Mortos-Vivos » (2019) et « O Corpo como Arquivo » (2022). Elle dirige la compagnie Cia. do Tijolo, basée à Rio de Janeiro. « Uma Luz Cordial » a été créée en 2025 au Festival de Curitiba avant d'être présentée en Europe. L'artiste insiste sur l'importance de l'écriture comme outil de guérison collective : « Chaque mot écrit est une brique pour reconstruire ce qui a été détruit. »



