Un trésor musical volé refait surface en Alsace
Un violon Stradivarius mythique, fabriqué en 1719 par le célèbre luthier Antonio Stradivari et dérobé par des soldats nazis dans un musée de Varsovie en 1944, pourrait avoir réapparu publiquement lors d'une soirée du festival de Pâques à Colmar, fin mars 2026. Cette découverte potentielle, rapportée par le média L'Alsace, bouleverse le monde de la musique et des restitutions d'œuvres spoliées.
Le concert qui a tout déclenché
Le 31 mars 2026, au Musée Unterlinden de Colmar, le violoniste Emmanuel Coppey se produit lors de l'événement « Ceci n'est pas un Strad », destiné à faire découvrir les sonorités de violons italiens tout en dégustant des grands crus. Durant cette soirée, il interprète une œuvre de Jean Sibelius en utilisant successivement quatre instruments d'exception, fabriqués entre 1624 et 2023. Parmi eux, un violon présenté dans le compte rendu de L'Alsace comme un Stradivarius datant de 1719.
L'enquête minutieuse de Pascale Bernheim
Cette mention attire immédiatement l'attention de Pascale Bernheim, présidente de l'association Musique et Spoliations. Spécialiste des instruments volés durant la Seconde Guerre mondiale, elle enquête précisément sur un Stradivarius de 1719 connu sous le nom de « Lauterbach », dérobé en 1944 au musée de Varsovie lors de la retraite de l'armée allemande. Sachant que seuls neuf instruments de ce type ont été fabriqués cette année-là, elle procède par recoupements et élimination, comme l'expliquent les Dernières nouvelles d'Alsace (DNA).
« La probabilité que le violon volé sur lequel j'enquête depuis près de dix ans soit celui présenté à Colmar est grande », estime Pascale Bernheim. Il n'existe aujourd'hui que deux Stradivarius fabriqués en 1719 dont la propriété est incertaine, ce qui renforce ses soupçons.
Une piste ancienne qui se précise
L'histoire de Pascale Bernheim avec ce Stradivarius remonte à 2017. Grâce à l'entremise d'Emmanuel Jaeger, collectionneur et organisateur de « Ceci n'est pas un Strad », l'experte avait déjà retrouvé la trace de ce violon auprès du luthier strasbourgeois Jean-Christophe Graff. Ce dernier l'avait ensuite missionnée pour enquêter sur l'instrument, dont il souhaitait connaître la provenance. Le violon est passé de main en main pendant plus de quatre-vingt ans, et son dernier propriétaire connu est Henryk Grohman, qui l'avait confié au musée de Varsovie avant la guerre.
Les contradictions et le mystère persistant
Que faisait alors ce violon à la soirée organisée à Colmar ? Pour Pascale Bernheim, la réponse est simple : Jean-Christophe Graff a prêté son instrument à l'organisateur de la soirée. Cependant, le luthier et Emmanuel Jaeger nient catégoriquement la présence de l'instrument lors de l'événement. S'il peut également s'agir du second Stradivarius datant de 1719 – dont la dernière apparition remonte à 1950 en Russie –, la présidente de l'association Musique et spoliations insiste sur le fait qu'il s'agit bien du violon volé par les Nazis en 1944.
« J'ignore les raisons qui les poussent à dire que ce n'est pas lui, mais ça n'ébranle pas mes convictions », conclut-elle. Le mystère entoure toujours la réelle provenance de ce violon, laissant planer un doute troublant sur cette affaire de spoliation historique.



