Panthéon : 10 histoires insolites du temple républicain à Paris
Panthéon : 10 histoires insolites du temple républicain

Le saviez-vous ? Le 27 mai 2015, quatre héros de la résistance, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay, faisaient leur entrée au Panthéon. À l'origine, le lieu devait être une église, commandée par Louis XV, et c'est le président François Mitterrand qui détient le record des panthéonisations. Voici dix histoires insolites du temple républicain où reposent de grandes personnalités françaises.

Depuis plus de cent ans, le Panthéon abrite des figures de l'histoire de France. Simone Veil, Voltaire, Victor Hugo, Joséphine Baker et désormais Missak et Mélinée Manouchian ou Robert Badinter font partie des personnes inhumées dans ce monument qui domine la montagne Sainte-Geneviève, l'une des buttes de Paris, située dans le 5e arrondissement de la capitale.

Une église devenue mausolée

Gravement malade en 1744, le roi Louis XV fait le vœu, en cas de guérison, de reconstruire l'église Sainte-Geneviève. Située sur la « montagne » du même nom, au cœur du Quartier latin à Paris, cette église abritait la châsse reliquaire de Sainte-Geneviève, sainte patronne de Paris. C'est seulement en 1755 que l'architecte Jacques-Germain Soufflot commence la construction de l'église en style néoclassique. Mort en 1780, il n'en verra pas la fin. Son élève, Rondelet, en terminera les travaux, en 1790. Sa triple coupole s'inspire de celle de la cathédrale Saint-Paul de Londres.

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À la mort de Mirabeau, l'un des inspirateurs de la Révolution, le 2 avril 1791, l'Assemblée nationale décide de l'inhumer dans l'édifice et de le transformer en tombeau des grands hommes de la République française, qui s'étaient illustrés par leurs talents, leurs vertus, ou leurs services rendus à la patrie. L'église prend alors le nom de « Panthéon », d'après un mot grec qui désigne l'ensemble des dieux.

Chassés du Panthéon

Premier hôte du mausolée républicain, Mirabeau est aussi le premier à en sortir. Il en est exclu en 1793, suite à des révélations sur sa trahison (on avait découvert les relations épistolaires secrètes qu'il entretenait avec le roi), et remplacé par Marat, installé en véritable héros national. Ce dernier sera à son tour chassé du Panthéon quand les révolutionnaires renieront la Terreur. Après Mirabeau, c'est à Voltaire d'entrer au Panthéon en 1791. Il y est rejoint en 1794 par Rousseau. Les deux vieux ennemis y reposent toujours.

« Aux grands hommes la patrie reconnaissante »

On doit la devise célèbre qui orne le fronton du Panthéon à Claude-Emmanuel de Pastoret, député de Paris pendant la Révolution, et premier président de l'Assemblée législative. L'occasion de préciser que, n'en déplaise au chanteur Patrick Bruel, la place des Grands-Hommes ne se trouve pas à Paris, mais à Bordeaux. La place où s'élève le Panthéon s'appelle place… du Panthéon.

Les va-et-vient du Panthéon

Pour le Panthéon, l'affaire n'était toutefois pas gagnée. La fonction du monument, entre église et temple laïc n'a cessé d'aller et venir tout au long du XIXe siècle, au gré de changements de pouvoirs successifs. Sous le Premier Empire, en 1806, l'église est rendue au culte mais sa crypte continue de recevoir les dépouilles des célébrités. Sous la Restauration, en 1821, la crypte est fermée. Revirement sous Louis-Philippe Ier, le « roi-bourgeois », qui le rétablit comme nécropole nationale. Sous le Second Empire, l'inscription est effacée et le monument restitué au culte catholique. En 1871, nouveau retour de balancier : la IIIe République enlève les symboles du christianisme. Enfin, en 1885, la France remet une bonne fois pour toutes les pendules à l'heure républicaine et la nécropole du Panthéon en service à l'occasion des funérailles grandioses de Victor Hugo… Cette fonction n'a depuis plus bougé.

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Victor Hugo en pionnier

Après sa mort le 22 mai 1885, l'auteur de la Légende des siècles est le premier écrivain à bénéficier d'obsèques nationales jusqu'alors réservées aux plus hauts personnages de l'État. Il est vrai qu'il avait fait aussi de la politique. Le 31 mai, son cercueil est déposé sous l'Arc de Triomphe. Le cortège, qui achemine le 1er juin sa dépouille des Champs-Élysées au Panthéon, est suivi par deux millions de personnes, rapporte la presse de l'époque. Il s'agit de la plus grande manifestation de l'histoire de Paris sans compter celles des 10 et 11 janvier 2015 - après l'attentat de “Charlie Hebdo”.

Soldat inconnu

À l'origine, la tombe du Soldat inconnu devait reposer au Panthéon. Après la Première Guerre mondiale, un député proposa qu'un tombeau soit élevé en l'honneur d'un soldat anonyme. Le Panthéon fut choisi, mais les associations d'anciens combattants demandèrent un lieu unique et symbolique. L'Arc de Triomphe fut finalement choisi.

Écrivains morts au champ d'honneur

De même, les écrivains morts pour la France ne sont pas enterrés au Panthéon. Mais le monument leur rend hommage. Dans la nef, on peut lire sur une plaque au sol : « ICI SONT ENFERMÉS LES HOMMAGES RENDUS LE 15 octobre 1927 AUX ÉCRIVAINS MORTS POUR LA FRANCE ». Quatre panneaux portent le nom des 560 écrivains morts durant le conflit 1914-1918.

Le prestigieux caveau n°24

Imaginez un peu : les écrivains Alexandre Dumas, Emile Zola et Victor Hugo réunis dans le même caveau ! Le cimetière du Père-Lachaise peut aller se rhabiller. Sans avoir l'ambiance parfois folklorique du fameux cimetière parisien des célébrités, la crypte du Panthéon qui, à l'origine, devait accueillir des moines, n'est pas aussi froide qu'on pourrait le craindre. Certaines tombes suscitent même la passion. Toujours discrète et de bon goût. Ainsi, sur celle de Victor Hugo, il n'est pas rare de voir un bouquet de roses, déposé par un ou une fan du poète. Devant la sépulture de Marie Curie, Prix Nobel de physique et de chimie, gisent des centaines de messages, rédigés dans plusieurs langues. S'y recueillir est un passage obligé pour les Polonais de passage à Paris.

Le chat de Malraux

Dans le caveau n°6, ne soyez pas surpris de rencontrer un chat. En bronze, bien sûr. André Malraux qui avait lui-même accueilli au Panthéon le résistant Jean Moulin par un discours resté dans les annales, avait souhaité qu'une sculpture féline veille sur sa tombe. Pour protéger l'œuvre, un garde-fou barre l'accès du caveau de l'ancien ministre de la Culture qu'il partage avec Simone Veil.

Le pendule de Foucault

Depuis 1995, la corde soutenant le pendule de Foucault pend depuis le faîte du dôme. Au milieu du XIXe siècle, quand le physicien Léon Foucault cherche une structure assez grande pour accueillir son pendule visant à démontrer que la Terre tourne, le Panthéon est tout de suite été désigné. La première démonstration publique y aura donc lieu en 1851 et voilà pourquoi vous pouvez toujours le voir fonctionner aujourd'hui ! De même quelques décennies plus tard, lorsque le scientifique Eugène Ducretet établit la première liaison de radio française en 1898, il émettra ses sons du Panthéon à la Tour Eiffel.

Mitterrand, le président “champion” de la panthéonisation

« Grands bronzes ». C'est ainsi que l'on nomme les deux énormes portes massives qui donnent sur la nef. Elles ne s'ouvrent que pour les nouveaux arrivants, ainsi que pour les présidents en exercice. Ce fut le cas pour accueillir le dernier entré, le 9 octobre 2025 : Robert Badinter. Comme pour ses prédécesseurs, son cercueil a été déposé à l'aplomb de la coupole centrale et a reçu les honneurs du pays et le discours du chef de l'État, Emmanuel Macron. Ce dernier en était à sa cinquième cérémonie de panthéonisation, après celles de Simone Veil, en 2018, de l'écrivain-combattant Maurice Genevoix, en 2020, de Joséphine Baker, le 30 novembre 2021 et Missak et Mélinée Manouchian, le 21 février 2024. Un bon score. Il n'a toutefois pas encore battu le record de François Mitterrand qui reste à ce jour le champion des entrées au Panthéon : sept panthéonisations au total pour le président socialiste qui, lors de son investiture, avait d'ailleurs choisi de rendre hommage à trois grands hommes inhumés au Panthéon : Jean Jaurès, Victor Schoelcher et Jean Moulin.

En chiffres

Chaque année, le Panthéon reçoit en moyenne 875 000 visiteurs. L'édifice est haut de 83 mètres. Il y a 84 personnalités panthéonisées parmi lesquelles : Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Marie Curie, Jacques-Germain Soufflot, Jean Moulin, André Malraux, Jean Monnet, Pierre Curie, Victor Hugo, Alexandre Dumas, Emile Zola, Jean Jaurès… Et parmi les derniers arrivés, Joséphine Baker, Simone Veil, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay, Pierre Brossolette, Maurice Genevoix, Missak et Mélinée Manouchian et Robert Badinter.