Le Béal des Moulins : un trésor méconnu de Draguignan
Peu de Dracénois connaissent l'existence du Béal des Moulins, un canal ancestral qui, sous divers noms comme Canal de la Reine Jeanne ou Canal des Arrosants, approvisionne Draguignan en eau depuis le XIIIe siècle. Cet ouvrage historique, vital pour la ville, mérite d'être redécouvert pour son rôle dans le développement urbain et industriel.
Les origines médiévales d'une solution hydraulique
Au début du Moyen Âge, Draguignan se développe en une ville fortifiée, mais doit faire face à un manque d'eau alimentaire. Les habitants tentent d'abord de capter l'eau des sources du Malmont avec des troncs d'arbres évidés, mais le dénivelé important rend ce système inefficace. Au XIIIe siècle, pour acheminer l'eau gravitairement en pente douce jusqu'aux portes de la ville, les Dracénois construisent un canal résistant, donnant naissance au Béal des Moulins. Ce canal capte l'eau de la Nartuby à la Clappe et devient rapidement essentiel pour les lavoirs où les ménagères se retrouvent.
Évolution des dénominations et usages multiples
Appelé à l'origine Narthobia Molendinorum, le canal connaît plusieurs noms au fil du temps. Il est nommé Canal de la Reine Jeanne en hommage à la comtesse de Provence, puis Canal des Moulins du côté de Folletière, car ses eaux actionnent les roues des moulins à farine et à huile. Il devient le Canal des Arrosants lorsqu'il permet l'irrigation des cultures et des jardins, offrant une réponse salutaire aux périodes de sécheresse pour l'agriculture.
Développement industriel et défis sanitaires
Bien que l'existence du Béal soit attestée dès 1294 par un document de Charles II d'Anjou, des ouvrages pour acheminer l'eau remontent à l'époque gallo-romaine. Dès sa construction, le canal favorise le développement de petits métiers, comme les blanchisseurs de peaux et tanneurs près de la place Portaiguières, ainsi que les Pinchiniers, fabricants de peignes réputés jusqu'à Paris. De nouveaux moulins s'implantent dans le quartier Est, permettant l'extension urbaine.
Cependant, le canal à ciel ouvert est exposé aux déversements d'immondices, avec des eaux usées et détritus jetés directement dans les rues. L'huile des moulins et les graisses des tanneries polluent l'eau, dégageant des odeurs nauséabondes. En 1869, la municipalité ordonne la couverture du canal, créant des galeries souterraines pour stopper les pollutions. Une salle de décantation, surnommée Les Enfers, permet de séparer les huiles de l'eau, ces huiles étant ensuite récupérées par les savonniers de Marseille.
Le canal aujourd'hui et son héritage historique
De nos jours, le Béal des Moulins, sous forme de galerie voûtée, pénètre sous le centre ancien de Draguignan et traverse divers boulevards et jardins privés, aboutissant près du Temple protestant. Il reste considéré comme le principal canal de la ville, témoin d'une histoire riche en innovations hydrauliques.
Un parcours de l'eau à travers les âges
L'histoire de l'eau en Provence remonte au néolithique, avec des habitants utilisant la rivière Nartuby. L'âge du bronze marque le début de l'irrigation par des canaux creusés dans la terre. À l'époque gallo-romaine, des systèmes d'irrigation sophistiqués, incluant aqueducs et égouts, sont développés, mais ces savoirs se perdent au Ve siècle. Il faut attendre le XIIIe siècle pour que les systèmes romains soient repris, avec le Béal des Moulins comme exemple majeur de cette renaissance hydraulique.



