Peter Knapp et Courrèges à la Fondation Maeght : la mode des années 60-70 s'invite
Peter Knapp et Courrèges à la Fondation Maeght : mode 60-70

Cet été, le temple de l'art moderne de Saint-Paul-de-Vence s'offre une incursion inédite aux frontières de la haute couture. À travers une exposition magistrale, « Peter Knapp, le temps Courrèges », le photographe suisse, complice du couturier André Courrèges, ravive l'esprit de 1965. À découvrir dans la partie extension jusqu'au 8 novembre prochain.

Une exposition née des archives

« L'idée de cette exposition est née en nous replongeant dans nos propres archives », a confié Isabelle Maeght, qui a orchestré ce projet. « Peter Knapp est resté très lié à Coqueline, l'épouse d'André Courrèges. Entre eux, c'est plus de trente ans d'une amitié et d'une collaboration fusionnelles. »

« Courrèges était une star internationale, et son travail coïncidait avec la libération de la femme, à laquelle il a contribué », a rappelé Peter Knapp, 90 ans, avec une stupéfiante vivacité.

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L'architecture de la liberté

Issu de l'école de Zurich et imprégné des préceptes du Bauhaus, Knapp a vibré pour la démarche radicale du couturier, ancien ingénieur des Ponts et Chaussées. Pour Courrèges, le confort prime sur le style. Il supprime les talons, les guêpières imposées par le New Look de Dior, les gants et les bijoux. Il raccourcit les jupes pour permettre aux femmes de monter sans entrave dans les voitures basses, démocratise le pantalon et façonne une femme-liane, sportive et androgyne. Courrèges ose tout : il bouscule les codes en imposant le plastique et en faisant défiler les premières mannequins noires et asiatiques à Paris.

« J'ai compris l'impact quand, six mois plus tard, j'ai vu quatre filles dans la rue en minijupes et talons plats. Les confectionneurs et Monoprix avaient tout capté bien avant les gens de la mode », s'amuse Knapp.

L'art et la mode en pointillés

Pour la Fondation Maeght, cette exposition tisse un lien avec sa propre histoire. Les femmes de la famille Maeght, Paule en tête, s'habillaient chez Courrèges. En 1978, Peter Knapp scellera cette union en shootant une brochure pour la maison de couture au milieu des œuvres de Giacometti et de Kelly, dans les jardins de la Fondation.

Le parcours s'articule autour de grands tirages d'époque en noir et blanc, de documents d'archives et de vitrines garnies d'objets iconiques, comme les fameuses lunettes Inuit. Grâce à un prêt exceptionnel de la maison Courrèges, les pièces phares de la collection de 1965 ont été recréées. Surprise pour le visiteur : là où le noir et blanc des clichés suggérait l'épure, les vitrines révèlent une mode éminemment pop, éclatante d'orange, de crème et de rose.

Isabelle Maeght se souvient : « Quand Françoise Hardy, véritable femme Courrèges, est venue ici chanter du Stockhausen lors des soirées de la Fondation, elle arborait cette même modernité, vêtue d'un pantalon et d'une tunique d'une simplicité absolue. »

Le secret des « filles de l'air »

À l'œil moderne habitué aux miracles numériques de Photoshop, les images de Peter Knapp simulant des mannequins flottant dans l'espace évoquent une manipulation technologique contemporaine. La réalité, façonnée dans le secret d'un studio parisien au cours d'une nuit blanche de 1965, relève pourtant d'un artisanat de génie et d'un sacré sens du système D.

« Les rédactrices de Elle sont rentrées de la collection en hurlant : “C'est la révolution, il faut huit pages pour après-demain !” », se souvient le photographe. Pour traduire visuellement cette sensation de liberté absolue et de mouvement propre au style Courrèges, Knapp improvise. Il fait construire en urgence une structure métallique verticale de deux mètres de haut, surmontée d'une simple selle de bicyclette.

Hissées sur ce perchoir instable, les mannequins doivent trouver leur équilibre. Pour ne pas tomber, elles esquissent des mouvements de bras et de jambes désordonnés, capturés par l'objectif. Le reste s'est joué en laboratoire. À l'époque, le photomontage s'exécute minutieusement au ciseau et à la colle. Deux retoucheuses effacent ensuite la tige métallique et la selle à l'aérographe et au crayon de couleur.

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« Peter n'est pas un simple photographe de mode, c'est un artiste complet au regard unique, un surdoué en vif-argent », admire Isabelle Maeght. Le résultat, spectaculaire, immortalise pour toujours l'envol de la femme moderne.

Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence. Ouvert tous les jours de 10 h à 18 h. Tarif : 14 à 18 euros. Enfants de moins de 16 ans gratuit. Rens. 04.93.32.81.63.