11 avril 1809 : la déroute navale de la Charente qui scella la suprématie anglaise
1809 : la défaite navale qui donna la mer aux Anglais

Le 11 avril 1809 : une date noire pour la marine impériale française

Le 11 avril 1809, l'embouchure de la Charente fut le théâtre d'une des plus retentissantes défaites de la flotte napoléonienne. Cet affrontement naval, souvent appelé la bataille des Brûlots, allait définitivement asseoir la suprématie anglaise sur toutes les mers du globe. Plongeons dans les détails de cet épisode historique crucial.

La tension monte dans la rade des Basques

En ce printemps 1809, le vice-amiral Zacharie Allemand observe, l'œil vissé à sa longue-vue, le Caledonia, vaisseau amiral britannique commandé par lord James Gambier. Depuis le début de la saison, la flotte ennemie a mouillé dans la rade des Basques, près de l'île d'Aix. Les ordres de l'Amirauté britannique sont sans équivoque : entraver le regroupement des escadres françaises de Brest, Lorient et Rochefort, afin d'empêcher ces navires de briser le blocus des Antilles françaises.

Sur le pont de l'Océan, vaisseau amiral français, Allemand rumine ses craintes. Il connaît trop bien l'agitation dans les rangs anglais, signe avant-coureur d'une attaque imminente. « Maudits Anglais ! » peste-t-il, conscient que la météo et les courants ne sont pas favorables à ses forces. Avec un vent de nord-ouet et un temps couvert, les conditions sont idéales pour une manœuvre audacieuse de l'adversaire.

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La stratégie défensive qui tourne au désastre

Face à trois lignes de vaisseaux français, les Anglais préparent une attaque nocturne. La nuit du 11 avril est très obscure. Vers 21 heures, une machine infernale se détache de la flotte britannique : le Mediator, une frégate transformée en bombe flottante, commandée par le redoutable lord Thomas Cochrane. Épaulé d'un officier et de quatre marins, Cochrane fonce sur l'estacade française, un rempart de fortune. Au dernier moment, ils sautent par-dessus bord, juste avant l'explosion qui ouvre un passage dans les défenses.

Les Français, embossés en retrait, ont amarré leurs navires par l'avant et l'arrière, en lignes serrées. Cette disposition, conçue pour offrir le moins d'aliment au feu, se retourne contre eux. Les brûlots anglais, au nombre de vingt-huit, dérivent rapidement vers la flotte française. Les tentatives de riposte avec des caronades sur chaloupes échouent, déséquilibrées par le courant vif et le poids des canons.

Le chaos et la défaite

Allemand ordonne de rompre les amarres, mais il est trop tard. Le chaos s'empare de la flotte française. Le Regulus est accroché par l'avant, ses focs partent en fumée. Le vaisseau dérive et s'abat sur l'Océan, déjà menacé par deux brûlots. « À moi, les braves de l'Océan ! » hurle Allemand, alors que deux de ses marins périssent dans les flammes.

Le pertuis d'Antioche est en feu. Le Calcutta est abandonné après incendie, le Varsovie amène son pavillon, et l'Indienne se brise en deux. Seuls le Cassard et le Foudroyant parviennent à se réfugier en Charente. Au matin du 12 avril, le bilan est accablant pour les Français :

  • Quatre vaisseaux et une frégate incendiés
  • Dix autres navires sauvés mais inutilisables
  • 250 tués, 800 blessés et 650 prisonniers

Du côté anglais, les pertes sont minimes : 32 tués et blessés. Cette défaite sonne le glas des ambitions navales de Napoléon et consolide la suprématie maritime britannique pour des décennies.

Les conséquences et l'ironie du sort

Le 31 août 1809, Jean-Baptiste Lafon, commandant du Calcutta, est condamné à mort pour l'incendie et l'abandon de son navire. Zacharie Allemand, quant à lui, échappe au conseil de guerre maritime, une cruelle ironie pour celui qui avait tenté d'éviter la bataille. Cet épisode, suivant les défaites d'Aboukir en 1798 et de Trafalgar en 1805, marque un tournant dans l'histoire navale, ancrant durablement la domination anglaise sur les océans.

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