Commençons par un bref avertissement : cette série ne ressemble à aucune autre. Contrairement à nombre de ses concurrentes, elle ne peut se regarder d’un œil distrait ; elle exige une attention particulière et des nerfs solides. Mais qui accepte ces règles simples sera grandement récompensé. Rarement, et peut-être jamais auparavant, une série télévisée se sera aventurée avec autant de maîtrise sur deux terrains aussi instables : d’une part, la description du basculement d’une société dans le fascisme, et de l’autre, le glissement d’une personnalité troublée vers un mysticisme amoureux.
Le vertige d’une conscience en éveil
La matière première de cet improbable scénario est tirée du journal intime bien réel de l’autrice Etty Hillesum, jeune femme juive de 27 ans qui relate sa fascination puis son histoire d’amour avec son gourou thérapeute, Julius Spier. Avec, en toile de fond, la montée progressive de l’emprise nazie à Amsterdam, qui verra la jeune femme se rendre volontairement dans un camp avant d’être tuée avec sa famille à Auschwitz en 1943. Un tel projet exigeait un créateur rompu à l’art de l’équilibrisme, et le scénariste israélien Hagai Levi, à l’origine de la série « BeTipul » (dont a été adaptée « En thérapie » en France), est sans doute le meilleur en la matière.
Une interprète remarquable
Il trouve en Julia Windischbauer une interprète remarquable, capable de porter la densité physique et morale d’un rôle particulièrement exigeant. Autre saisissante trouvaille : transposer ce récit déjà bouleversant dans l’Amsterdam d’aujourd’hui. Autant d’éléments auxquels s’ajoutent des dialogues en néerlandais qui auraient pu rendre l’ensemble hermétique, et pourtant c’est l’inverse qui se produit. Ces six épisodes, conçus comme un cheminement vers la lumière autant que vers l’enfer concentrationnaire, avancent avec une grande fluidité et sont jalonnés de scènes mémorables. Certaines laisseront le téléspectateur bouche bée, les yeux embués de larmes, comme si l’on découvrait moins un avertissement sur l’avancée de la peste brune que l’inéluctabilité des sacrifices à venir.
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Jeudi 21 mai à 20h55 sur Arte. Série franco-allemande et hollandaise de Hagai Levi (2026, 1, 2 et 3/6). Avec Julia Windischbauer, Sebastian Koch, Leopold Witte. (Disponible à la demande sur Arte.tv).



