Musiciens basques créent EREINez pour contester la Sacem et défendre la musique locale
EREINez : un collectif basque contre la Sacem pour la musique locale

Un collectif musical basque émerge pour défier la Sacem et promouvoir la culture locale

Dans le sillage du conflit opposant le propriétaire de l'auberge Xaia à Béhobie à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem), une mobilisation inédite prend forme au Pays basque nord. Des artistes, cafetiers, membres de gaztetxe, comités des fêtes et organisateurs de festivals se rassemblent pour créer une nouvelle association, nommée EREINez. Cette initiative vise à peser sur les décisions de la Sacem et à explorer des modèles alternatifs pour la gestion des droits musicaux.

La genèse d'un mouvement né d'un conflit local

L'étincelle a jailli à l'auberge Xaia de Béhobie, un lieu symbolique de résistance. Pantxix Bidart, compositeur et interprète d'Hasparren, a officiellement annoncé la création de ce collectif le mardi 31 mars, entouré d'une dizaine de partenaires. « On a semé, maintenant je ne sais pas ce qui va en sortir », déclare-t-il avec optimisme. Le nom EREINez, un jeu de mots basco-français signifiant « ça sème, non » ou par extension « Sacem non », reflète l'esprit de la démarche. Il a été imaginé par Beñat Elizondo, le tenancier de l'auberge, âgé de 67 ans, qui mène depuis plusieurs années un combat acharné contre la Sacem.

Beñat Elizondo reproche à l'instance une opacité dans la répartition des droits d'auteur, particulièrement défavorable aux artistes locaux. Condamné par la justice à payer près de 9 000 euros pour des non-versements entre 2019 et 2024, il a refusé de s'acquitter de cette somme. Son opposition s'est soldée par une saisie financière : un huissier a vidé le compte du Xaia le 14 janvier, prélevant 5 300 euros sans avertissement préalable selon lui. « C'est un combat politique perdu par KO financier », fulmine-t-il, dénonçant des pratiques qu'il juge abusives.

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Les objectifs d'EREINez : dialogue et alternatives

L'association EREINez ne se veut pas uniquement contestataire. Pantxix Bidart, premier président du collectif, insiste sur sa vocation constructive : « EREINez peut aussi se traduire par 'en semant'. Il s'agit de favoriser un dialogue avec la Sacem pour obtenir des réponses claires. » Les questions centrales portent sur la transparence de la gestion des droits : comment se partage l'argent collecté, sur quels critères, et quelle place est accordée à la musique basque dans cette distribution ?

En 2024, la Sacem d'Anglet a perçu 11,3 millions d'euros pour les départements 64, 40 et 65, un chiffre qui interpelle les acteurs locaux. En parallèle, EREINez étudie des modèles alternatifs, comme celui de Ekki au Pays basque espagnol, une entité autonome par rapport à la Sgae, l'équivalent espagnol de la Sacem. Mattin Laaksonen, coordinateur d'EREINez, souligne l'intérêt mutuel : « Ils sont très intéressés par notre travail, et nous pourrions envisager une collaboration. »

Un soutien croissant dans le milieu musical basque

Bien que comptant actuellement une dizaine d'adhérents, EREINez bénéficie déjà d'un large soutien dans la communauté musicale basque. Des figures comme Anje Duhalde, Xutik, Odei Barroso ou Erramun Martikorena appuient l'initiative. Des cafetiers, tels que Xina, patron des Pyrénées à Bayonne, pourraient également rejoindre le mouvement, créant un effet boule de neige souhaité.

Pour faciliter les contacts, l'association a mis en place une adresse email : guresoinuaereinez@gmail.com. Cette éclosion médiatique marque un tournant dans la défense de la musique locale, combinant revendications et réflexion sur des solutions durables. L'avenir dira si cette graine, plantée en terre rebelle, portera ses fruits pour transformer le paysage musical du Pays basque nord.

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