David Castello-Lopes, chroniqueur et humoriste de France Inter, présente son deuxième one-man-show intitulé « Délicieux » à L'Européen à Paris jusqu'au 6 juin. À 45 ans, cet ancien journaliste et patron du service vidéo du Monde a entamé une nouvelle carrière sur le tard, avec des blagues originales et documentées qui font le bonheur des auditeurs de la matinale.
Un spectacle sur le plaisir
Le fil rouge de « Délicieux » est le plaisir, sous toutes ses formes. David Castello-Lopes explique avoir failli l'appeler ainsi, mais a renoncé car cela évoquait trop le porno, alors qu'à part une blague sur Phil Collins, il n'y est pratiquement pas question de sexe. Il souhaitait que ce soit un spectacle familial et ludique.
Comme à son habitude, l'humoriste enrobe ses blagues d'un environnement visuel et sonore étudié. Sa performance est ponctuée de petites vidéos irrésistibles, comme celle où il mange du coulommiers à Coulommiers, ou un esquimau à côté d'un presque vrai esquimau au manteau à fourrure. « Une journée de tournage pour une blague de trois secondes », sourit-il.
Plaisirs coupables et inavouables
David Castello-Lopes n'a pas joué la carte de la facilité. Il est allé gratter là où ça fait un peu mal, en plus de faire rire. Il aborde les plaisirs un peu idiots, coupables et inavouables, comme celui d'espérer voir un pote ne pas mieux réussir que soi. « Ce sont des sentiments partagés par beaucoup de monde, ça apporte quelque chose d'authentique, d'honnête. »
Son autodérision est dosée à merveille, notamment lorsqu'il évoque la brillante trajectoire d'un de ses meilleurs amis au lycée : Clément Beaune, ancien ministre des Affaires européennes. Une hilarante vidéo montre les deux adolescents faisant l'andouille. « On était dans la même classe en première, au lycée Condorcet. On est devenus amis très vite, un peu fusionnels alors qu'on est quand même différents. Moi, j'étais un peu le branleur dandy, lui était très drôle mais il avait des notes exceptionnelles. On l'appelait Clément président. »
Souvenirs de famille et émotion
David Castello-Lopes exhume d'autres archives, réjouissantes et émouvantes. Une photo de lui, haut comme trois pommes, ébahi devant le Père Noël, puis une autre le montrant dans le costume rouge du barbu distributeur de cadeaux, une génération plus tard, pour faire plaisir à sa nièce Ava. Ces petits trésors du passé étincellent des décennies après, font rire, réfléchir et émeuvent.
Il aborde également la mort de ses parents, qui le laisse aujourd'hui « full orphelin », pour reprendre son gimmick. Les détails sont rarement des détails avec lui, comme les extraits du carnet de naissance tenu par sa mère, récemment décédée, qui compilait le nombre de mots maîtrisés par bébé David. « Il y a quelque chose de profond qui se cache derrière des choses minuscules », acquiesce-t-il.
La dépression traitée avec humour
La dépression occupe une place non négligeable dans le spectacle. Jamais larmoyant, toujours drôle et incisif, David Castello-Lopes ausculte cet état de « non-plaisir », décortique la somme de petites choses qui continuent à lui procurer des sentiments proches de la joie dans ces moments-là, comme faire sa propre chapelure. Un sketch sur la dépression qui devient un solide antidépresseur.
Un humour didactique et personnel
Plus personnel que le premier, plus maîtrisé et tout aussi efficace, ce deuxième spectacle confirme tout le bien que l'on pensait de celui que l'on surnommait « le journaliste le plus drôle de France » et que l'on pourrait remplacer aujourd'hui par « l'humoriste le plus didactique de France ».
La suite ? Tourner une série ou un film semblerait logique pour ce spécialiste de la vidéo. Enregistrer un album, aussi, pour celui qui a diffusé sur le Web quelques chansons drôles ayant connu un certain succès. Dernier rêve ? « Faire une exposition photo un jour. » Il en a pris durant toute sa vie, lui dont le père, souvent comparé à Henri Cartier-Bresson, est considéré comme l'un des plus grands noms portugais de la discipline. « Je n'ai pas eu le courage d'être photographe », confie le fils. Mais il a montré, en se lançant dans le spectacle à 40 ans passés, qu'il n'était jamais trop tard.
La note de la rédaction : 4/5. « Délicieux », spectacle de David Castello-Lopes, à l'Européen (Paris XVIIe) jusqu'au 6 juin (complet), en tournée et au Théâtre libre (Paris Xe) à partir du 14 septembre.



