Le départ fracassant de Sonia Mabrouk de CNews
Vendredi soir, à 19 h 18, une dépêche de l'AFP annonce la nouvelle : Sonia Mabrouk quitte CNews. Sur la chaîne, le silence est total. Aucun bandeau, aucun sujet, aucun hommage n'est diffusé. Même « L’Heure des pros », en direct une heure plus tard, ne mentionne pas ce départ soudain.
Dans son communiqué, la journaliste évoque une « altération certaine et effective » de sa relation avec « une partie de la direction de CNews ». Cette rupture intervient après qu'elle a pris ses distances avec le maintien à l'antenne de Jean-Marc Morandini, condamné définitivement pour des faits de délinquance sexuelle. Elle rappelle que sa priorité est la protection des victimes.
Derrière ces mots mesurés, ce départ clôt trois semaines d'un bras de fer interne sans précédent au sein de l'empire Bolloré.
Le début du conflit : une prise de distance publique
Tout commence le 20 janvier. Sur le plateau de « La Grande Interview », diffusée sur CNews et Europe 1, le député socialiste Jérôme Guedj interpelle Sonia Mabrouk. Il lui demande comment elle peut continuer à travailler sur la même chaîne que Jean-Marc Morandini, maintenu à l'antenne malgré sa condamnation définitive pour corruption de mineurs.
En direct, Sonia Mabrouk prend ses distances. Elle déclare ne pas cautionner la décision de sa direction, évoque les victimes et les mineurs, et confie qu'elle n'en dort plus depuis plusieurs jours. Elle réaffirme son engagement contre les violences sexuelles et sexistes. Cette sortie, largement commentée, brise le silence au sein du groupe.
Dans les jours suivants, plusieurs figures de CNews la soutiennent. Pascal Praud salue publiquement la force de ses mots. Laurence Ferrari condamne à son tour les agissements reprochés à Morandini, tout en réaffirmant sa loyauté à la chaîne. En interne, les conversations deviennent obsessionnelles : jusqu'où la direction ira-t-elle pour maintenir l'animateur à l'antenne ?
L'escalade des tensions et la mise à l'écart
Au sommet, rien ne bouge. Vincent Bolloré et la direction de Canal+ assument la décision de garder Morandini à l'antenne, malgré une condamnation définitive et une nouvelle plainte pour tentative de corruption de mineur. La ligne est fixée, et le conflit s'intensifie.
En coulisses, Sonia Mabrouk plaide sa cause directement auprès de Vincent Bolloré, mais en vain. Puis survient un affrontement clé avec Serge Nedjar, le directeur général de CNews. Une altercation violente éclate dans une loge maquillage. Nedjar aurait martelé que Morandini resterait « coûte que coûte » à l'antenne et que « ceux qui ne sont pas contents » n'ont qu'à partir. Ce face-à-face clarifie brutalement le rapport de force : Morandini est soutenu, Mabrouk est poussée vers la sortie.
Ce même jour, elle assure l'interview politique du matin sur CNews et Europe 1, puis disparaît de « Midi News », l'émission qu'elle anime depuis 2017. Officiellement, son absence est due à une grossesse à risque, à 48 ans, alors qu'elle attend son deuxième enfant pour le printemps. Dans la rédaction, personne n'est dupe : cette mise à l'écart sonne comme le prélude au divorce.
Une affaire qui dépasse le cas Morandini
Ce bras de fer dépasse la simple question de la présence d'un animateur condamné. Il cristallise les fractures au sein de l'empire Bolloré, entre un management assumant ses choix éditoriaux et des journalistes revendiquant leur indépendance.
Depuis son arrivée à Europe 1 en 2013 puis à CNews en 2017, Sonia Mabrouk a construit un profil singulier. Intervieweuse politique pugnace mais courtoise, elle est respectée à gauche comme à droite. Pour de nombreux observateurs, elle est restée l'une des rares figures de CNews à ne pas basculer dans un registre militant.
Un dirigeant de BFMTV-RMC souligne, en off, que Mabrouk est « la moins abîmée » par la marque CNews. Elle serait l'une des rares à pouvoir être « débauchée » sans que son passé ne pose problème à d'autres rédactions. Sa sortie sur Morandini, puis sa démission, renforcent ce capital symbolique. Dans le milieu, beaucoup estiment qu'elle quitte CNews par le haut, en se plaçant du côté des victimes et d'une éthique non négociable.
Les perspectives d'avenir pour Sonia Mabrouk
À peine la démission officielle, le mercato des médias s'emballe. France Télévisions, BFMTV, LCI... toutes les grandes chaînes apparaissent comme des ports possibles pour une journaliste de ce calibre, à un an et demi de la présidentielle.
Selon nos informations, des discussions existent déjà avec le service public et BFMTV. À France Télévisions, elle pourrait intégrer une émission politique ou une interview emblématique de la matinale, bien que les grilles salariales soient éloignées des standards de CNews.
Dans le privé, deux pistes se dessinent : BFMTV, en quête de nouvelles incarnations politiques, et LCI, qui revendique une bonne dynamique interne. Un cadre de LCI ne ferme pas la porte, mais juge « encore un peu tôt » pour parler d'un projet concret.
Côté BFMTV-RMC, le terrain est familier. Le groupe avait déjà courtisé la journaliste au printemps 2025. Les discussions étaient allées très loin, mais elle avait décliné après avoir renégocié son contrat avec Vincent Bolloré, obtenant une meilleure exposition et un titre d'éditrice chez Fayard.
Aujourd'hui, le même dirigeant de BFMTV-RMC confie avoir repris contact dès que les tensions avec CNews sont apparues. Sonia Mabrouk a répondu qu'elle ne voulait pas « rebondir tout de suite ». Elle entend d'abord vivre la fin de sa grossesse, digérer un départ douloureux, puis envisager une nouvelle étape.
Un calendrier favorable pour la suite
À 48 ans, enceinte de sept mois, Sonia Mabrouk ne quitte pas CNews dos au mur. Elle emporte un solide capital d'audience et un carnet d'adresses politique fourni. Son bébé est attendu pour avril, ce qui lui permettra de s'absenter des plateaux le temps de son congé maternité.
Le calendrier joue pour elle. Le préavis d'un mois la maintient encore à l'antenne quelque temps. Le congé maternité offre une parenthèse assumée. L'automne et le début de 2027 verront les chaînes d'info se repositionner pour la présidentielle. Dans les états-majors, un constat s'impose : Sonia Mabrouk n'aura aucun mal à retrouver un fauteuil.
On souligne sa réputation de « femme libre », d'intervieweuse indépendante et respectée, capable de tenir tête à ses invités sans verser dans le spectacle. On insiste sur sa « façon de sortir », jugée élégante et cohérente avec son discours sur les violences sexuelles. Rares sont les figures comme elle qui allient forte notoriété et image professionnelle intacte.
À l'intérieur de CNews, cette rupture devrait laisser des traces. Sonia Mabrouk a mis à nu la brutalité d'une chaîne, révélant les tensions profondes au sein du groupe Bolloré.